Ce cartel Boulle estampillé Dubois, d’époque Louis XV, est plaqué d’écaille brune et de laiton selon la technique de marqueterie mise au point par André-Charles Boulle à la fin du XVIIe siècle. Son boîtier galbé, rehaussé de bronzes dorés rocaille, illustre le goût pour le mouvement et l’ornementation foisonnante propre au règne de Louis XV.
Le mouvement orné de motifs à enroulements, porte une gravure figurant le portrait de Louis XV sur son cardan, signe distinctif des mouvements d’horlogerie parisiens de cette période. Par ailleurs, ce détail, associé à l’estampille Dubois relevée sur le bâti, permet de resituer précisément ce cartel dans la production des marchands-ébénistes parisiens du milieu du XVIIIe century.

Jacques Dubois (1694 – 1763)
Né à Pontoise en 1694, Jacques Dubois travaille longtemps comme ouvrier libre dans le faubourg Saint-Antoine avant d’être reçu maître ébéniste à Paris le 5 septembre 1742, à l’âge de quarante-huit ans. Par la suite, il s’installe rue de Charenton, où il poursuit une brillante carrière pendant une vingtaine d’années. Nommé ébéniste du Roi, il travaille pour la grande noblesse, dont la princesse Louise-Élisabeth et la duchesse de Parme.
L’estampille Dubois garantissait des meubles haut de gamme, très prisés en France comme à l’étranger. Son savoir-faire, proche du style rocaille, se caractérise par l’usage abondant de bronzes mouvementés et irréguliers pour l’ornementation de commodes, encoignures, bureaux et cartels. Dubois s’est aussi distingué par ses placages en marqueterie Boulle et par ses vernis dans le goût de l’Extrême-Orient. Aussi, ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans de grandes collections publiques, dont le musée du Louvre, le musée Carnavalet et la Wallace Collection à Londres.
BIBLIOGRAPHY
- French Furniture of the 18th Century – Pierre Kjellberg – Les Editions de l'Amateur – 1989
- Cabinetmakers of the 18th Century – Count François de Salverte – Art and History Publishers – 1934
- André-Charles Boulle et la marqueterie Boulle – Encyclopædia Universalis
State of affairs report
Ce cartel Boulle Dubois présentait en effet les marques du temps propres à ce type de meuble d’applique : soulèvements de la marqueterie, décollements localisés de l’écaille et oxydation du laiton. Aussi, l’ensemble des éléments constitutifs a fait l’objet d’un relevé systématique des altérations avant intervention :
- Partially detached marquetry, avec des tensions entre l’écaille et le laiton dues aux variations hygrométriques successives.
- Oxidation du laiton, signalant par ailleurs une corrosion active par endroits.
- Écaille blanchie et fragilisée sur certaines zones, parfois désolidarisée du fond.
- Bronzes enfin recouverts d’un encrassement homogène et d’une patine ternie par des décennies d’oxydation.


















La restauration du cartel Boulle Dubois
Après un examen approfondi, la restauration a donc suivi les principes de moindre intervention et de réversibilité propres à la conservation-restauration :
- Réhydratation de l’écaille et des colles anciennes par infiltration sous vide, sans dépose des placages d’origine.
- Ensuite, dépose des éléments de laiton les plus atteints et désoxydation par bain.
- Restitution des manques de laiton, découpés au chevalet de marqueteur et ajustés au plus près du dessin d’origine.
- Puis recollage de l’ensemble des marqueteries à la colle animale, seul adhésif réversible compatible avec les exigences de la conservation-restauration.
- Enfin, nettoyage et désoxydation par peeling des marqueteries de laiton non déposées, suivis d’une fine couche de vernis gomme laque au tampon, puis d’une couche de cire microcristalline.
- Pour finir, nettoyage des bronzes par ultrasons, en évitant toute abrasion du modelé, puis reconstitution d’une patine naturelle à la cire.













Ce cartel Boulle estampillé Dubois retrouve ainsi l’éclat de son écaille et de ses bronzes dorés. Ainsi, il peut désormais traverser les prochaines décennies dans les meilleures conditions de conservation.
