Cette commode demi-lune d’époque Louis XVI est estampillée de l’ébéniste Jacques Laurent Cosson. Elle appartient à une production datant probablement de 1780 à 1790. Elle constitue un témoignage exceptionnel du mobilier peint à la fin de l’Ancien Régime. Elle appartient à un corpus très restreint, dont on ne connaît actuellement que sept exemplaires. Les meubles peints français du XVIIIᵉ siècle, très recherchés, forment aujourd’hui l’un des champs les plus inventifs de l’ébénisterie parisienne à la veille de la Révolution. Cette commode, de forme galbée en demi-lune, repose sur quatre pieds fuselés terminés par des sabots en bronze doré. Elle est plaquée de bois de rose, sur un fond de sycomore teinté tabac.




Le décor peint constitue l’élément central de cette œuvre. Des guirlandes florales naturalistes ornent les panneaux de façade et de côtés. Leur grande finesse chromatique évoque directement le répertoire pictural des dessins de fleurs et de trophées en vogue, tels que ceux popularisés par les artistes contemporains.
Cette technique, mentionnée dans les sources contemporaines et abondamment commentée dans des ouvrages de référence tels que « La Renaissance de l’art français », se distingue des laques d’Extrême-Orient. Il s’agit ici de peinture européenne. Dans des œuvres comparables, des artistes spécialisés, tels que Leriche ou Prévos, la réalisent en collaboration étroite avec l’ébéniste. Le meuble devient ainsi un véritable support pictural, brouillant la frontière entre arts décoratifs et peinture de chevalet. Selon les sources, on destinait souvent ces pièces à des intérieurs raffinés, cabinets ou petits appartements d’une clientèle de haut rang.
Les archives et les comparaisons stylistiques permettent de rattacher ce type de commode à des ensembles prestigieux, parfois associés à des figures majeures de la cour, comme Madame du Barry. Pour cette dernière, une commode estampillée Cosson, décorée de fleurs peintes par Leriche, est expressément mentionnée dans la littérature.
UNE PROVENANCE PRESTIGIEUSE
Notre commode jouit d’une provenance prestigieuse, ayant appartenu au célèbre antiquaire Arnold Seligmann. Elle est notamment représentée dans l’un des somptueux salons de son hôtel particulier situé Place Vendôme, comme en témoigne la publication « La Renaissance de l’Art Français et des Industries de luxe » de juin 1926 (pages 356-359). Cette publication attribue la réalisation de la commode à Madame Du Barry.
Il est fort probable qu’Alfred Loewenstein, collectionneur belge, ait acquis la commode directement auprès d’Arnold Seligmann. Entre 1919 et 1920, il a mandaté l’architecte belge Armand Sigwalt pour construire l’hôtel Loewenstein. Cet hôtel particulier, situé au 35, rue de la Science à Bruxelles, devait accueillir sa vaste collection d’art.
Avant sa disparition tragique en 1928, cet homme d’affaires se classait au troisième rang des fortunes mondiales, juste après Henry Ford et John Rockefeller. La commode est restée dans sa descendance directe jusqu’à ce jour.

Par la qualité de son exécution, la richesse de son décor peint et la présence de l’estampille Cosson, cette commode s’impose comme un exemple majeur du mobilier peint parisien de la fin de l’Ancien Régime. Elle illustre un moment charnière où l’ébénisterie française explore de nouvelles voies esthétiques. Elle annonce déjà les recherches décoratives du néoclassicisme, tout en conservant l’élégance et la sensualité héritées du XVIIIᵉ siècle.
Bibilographie
- B.G.B. Pallot, Les meubles peints sur fond d’érable et sycomore, Connaissance des Arts, février 1987, p. 102
- La Renaissance de l’art français et des industries de luxe / directeur : Henry Lapauze 1923-05-01, p. 359

Jacques-Laurent Cosson
Maître reçu à Paris le 4 septembre 1765, il exerçait son activité rue de Charonne sous l’enseigne de Louis XIV ou du Grand-Monarque. Dès 1772, l’Almanach des Marchands du Royaume le mentionnait comme un ébéniste de renom. Après avoir collaboré avec les magasins de ses confrères Moreau et Migeon, il fournit à des tapissiers de renom un nombre important de pièces en acajou et en bois de rapport. Il livre notamment des bureaux avec serre-papiers, des secrétaires en forme de commodes à gradin, des tables de nuit à cylindre et des trou-madame montés sur roulettes. En 1784, M. Cosson fut élu député ou conseiller de sa corporation. Sous la Terreur, il maria sa fille Françoise au citoyen J.-F. Laurent, ancien vicaire de la paroisse Sainte-Marguerite, devenu membre de la Commune de Paris. Il était encore en vie en 1805.
Bibilographie
Constat d’état
À son arrivée à l’atelier, ce meuble présentait de multiples défis de taille. Une majeure partie des panneaux du bâtis étaient décollés et ne présentaient plus un bon maintien structurel. De multiples petits manques de placages de bois de rose étaient présents, ainsi que d’anciennes restaurations peu gracieuses. Les panneaux des portes de côté étaient tous deux fendus sur leur longueur et une mauvaise restauration avait été effectuée en contre-parement. La finition vernis présentait un chancis important et les peintures, tout comme les bronzes, étaient encrassées.





























La restauration
Dans le cadre de la restauration de cette commode, nous avons collaboré avec Mme Marianne Chopin, restauratrice de tableaux. L’intervention a débuté par la dépose et la désoxydation des éléments en bronze au moyen d’un gel. Nous avons stabilisé les fissures présentes sur les panneaux des portes afin d’assurer leur intégrité structurelle. Nous avons ensuite recollé avec soin les assemblages et les panneaux du bâti. Nous avons stabilisé les soulèvements de placages et comblé les lacunes avec du bois. Nous l’avons raclé, poncé et oxydé naturellement aux rayons ultraviolets, avant de le fixer à la colle protéique. Nous avons allégé la finition vernis à l’aide d’un gel, avec la plus grande délicatesse, afin de préserver l’intégrité des motifs peints. Une réintégration chromatique a harmonisé l’ensemble : elle corrige d’anciens repeints et quelques défauts de placage. Enfin, nous avons appliqué une finition à la gomme laque avant de remonter les garnitures en bronze.

















