Commode à consoles rapportées, dite « Mazarine »

Ebénisterie Mathieu Vath

Restauration d’une commode à consoles rapportées, d’époque Régence. On l’appelle couramment, mais à tort, « commode Mazarine ». Son placage associe olivier en bois de bout, érable, ébène et frêne, avec des filets en chevron d’orme et d’ébène.

Commode Mazarine avant restauration
Avant restauration

Une commode à consoles rapportées, dite à tort « Mazarine »

Ce type de commode compte parmi les toutes premières commodes popularisées dans le premier quart du XVIIIe siècle. Le mot « commode » lui-même met du temps à s’imposer : ce meuble dérive en effet de bureaux à huit pieds, sur lesquels on ajoute des tiroirs sur toute la largeur de la façade. On les adapte ainsi à leur nouvelle fonction de rangement. Les premières commodes apparaissent vers 1690 sous les noms de « bureaux » ou de « bureaux en commode ». Le terme de commode ne désignera que plus tard la forme rectangulaire à quatre pieds que l’on connaît aujourd’hui.

André-Charles Boulle livre justement, entre 1708 et 1709, les plus anciennes commodes parisiennes connues et datables : une paire exécutée pour la chambre du nouvel appartement que Louis XIV se fait aménager au Grand Trianon à partir de 1703. Le marquis d’Antin, tout juste nommé surintendant des Bâtiments du roi, évoque déjà ce meuble dans une lettre du 3 juillet 1708. La comptabilité royale enregistre ensuite son paiement — pas moins de 3 000 livres — les 3 septembre 1708 et 18 avril 1709. Fait révélateur, ces documents d’époque désignent eux-mêmes ce meuble sous le nom de « bureau ». Cela prouve les incertitudes qui entouraient alors l’appellation de cette typologie naissante.

Les commodes de Trianon

En forme de sarcophage, les commodes de Trianon ouvrent par deux tiroirs superposés et reposent sur quatre pieds en arcade terminés par une volute de bronze doré. Chaque angle se souligne d’une console dont la volute s’achève en tête de sphinx ailée, le pied se terminant par un chausson en patte de lion. Moulures, rosettes et feuilles d’acanthe en bronze doré accompagnent l’ensemble de la structure, dans une adéquation parfaite avec le dessin de la marqueterie.

Le placage d’olivier

Le placage d’olivier de la commode ici restaurée illustre une autre facette de cette même période : lors du grand hiver de 1709, des milliers d’oliviers périssent, et les artisans du Dauphiné les récupèrent pour réaliser du mobilier (Le Siècle de Louis XIV, p. 249).

Outre ses qualités décoratives, l’olivier doit surtout son succès à sa symbolique. Pour l’élite huguenote, il incarne en effet la paix, la réconciliation et l’espérance.

L’origine du nom « Mazarine »

Le terme « commode Mazarine », couramment employé pour ce type de meuble, reste pourtant un abus de langage du marché de l’art. Il vient en réalité du parcours de cette même paire de commodes livrée par Boulle pour Trianon. Restées dans les collections royales, elles sont envoyées au Garde-Couronne le 13 juin 1790, en pleine Révolution. Vers 1795, elles rejoignent la Bibliothèque Mazarine, avant d’être déposées au château de Versailles. C’est ce passage par la Bibliothèque Mazarine qui est à l’origine du nom resté dans l’usage.

Or, le marché de l’art applique aujourd’hui ce même nom, à tort, à des commodes plus récentes. Ces dernières présentent un corps orthogonal et une façade généralement plate, avec des montants profilés et parfois ajourés. On les appelle plus précisément « commodes à consoles rapportées ». Elles conservent la structure des autres commodes Régence. Elles s’en distinguent par leurs montants chantournés en élévation, rapportés selon les diagonales du plateau. C’est bien à cette famille, et non à celle des véritables commodes de Trianon dites « Mazarine », qu’appartient la commode présentée ici.

Bibliographie

  • Voltaire : Le Siècle de Louis XIV. Paris : Garnier Frères, 1919.
  • L’ébénisterie provinciale en France au XVIIIe siècle et Abraham Nicolas Couleru – Bernard Deloche et Jean-Yves Mornand
  • André Charles Boulle, Monelle Hayot, 28 juin 2024

Constat d’état

Cette commode à consoles rapportées présentait un très mauvais état à son arrivée à l’atelier. Il manquait en effet une grande partie du placage sur les côtés. Un précédent restaurateur avait d’ailleurs choisi de peindre ces manques plutôt que de les restituer. Le plateau, quant à lui, présentait une fente sur toute sa longueur. Des manques de placage se retrouvaient également sur l’ensemble du meuble. Par ailleurs, une intervention antérieure avait refait les pieds arrière, et l’ensemble des pieds n’était pas d’origine.

La restauration

Comme d’habitude sur ce type de meuble, l’atelier a restitué l’ensemble des manques de placage en olivier bois de bout, frêne et orme. Chaque greffe suit le pourtour des zones dégradées, afin de conserver un maximum de bois d’origine. L’atelier a ensuite repris les pieds arrière à l’identique du modèle d’origine. Enfin, il a resitué les pieds avant afin d’accueillir des sabots, remplaçant ainsi les pieds rapportés qui n’étaient pas d’origine.

Après un bon nettoyage, l’oxydation des greffes de placage et une finition en poli ciré, la commode a retrouvé une lecture cohérente de sa marqueterie d’origine. Elle est désormais débarrassée des repeints qui masquaient ses manques.

Commode Mazarine après restauration
Après restauration

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