Commode Louis XVI estampillé JB.Tuart

Ebénisterie Mathieu Vath

Voici une très jolie commode d’époque Louis XVI en placage de bois de rose et amarante avec des marqueteries de buis, poirier érable, charme, noyer, poirier noirci, citronnier… Elle est bâtie en chêne et résineux. Elle est estampillée à deux reprises de Jean-Baptiste II TUART. Mais son auteur est probablement Jean LAPIE.

Ebénisterie Mathieu Vath
Avant restauration

Issu d’une dynastie d’ébéniste et marchands parisien, dont le père Jean-Baptise I obtint sa maîtrise en 1741 et fut actif jusque vers 1760, Jean-Baptiste II, née vers 1720 ne fut pas maître ébéniste mais maitre tabletier et marchand-mercier et s’installa d’abord rue Froidmanteau et puis rue Saint-Honoré. Comme le mentionne Alexandre Parèdre et contrairement aux suppositions de Francois de Salverte, il est peu probable que Jean-Baptiste Tuart est lui même pratiqué l’ébénisterie, mais il était plutôt marchand et restaurateur de mobilier et objets d’art.

Ebénisterie Mathieu Vath
Estampille JB.TUART

Et c’est là qu’intervient l’hypothèse que ce meuble ai été commandé par Tuart à Jean Lapie (1734 – ?) maître le 31 juillet 1736. En effet, par le plus grand des hasards j’ai en ce moment même un secrétaire à abattant Louis XVI estampillé de Jean Lapie. Et celui-ci possède à quelques détails prêts les mêmes éléments de marqueterie. Après quelques recherches, j’ai pu identifier un élément stylistique de l’œuvre de Lapie qui correspond au double fleur visible sur la photo ci-dessous et que j’ai retrouvé sur plusieurs meubles de cet ébéniste.

En effet, Jean-Lapie travaillait essentiellement pour des marchands et n’a donc laissé que peu de meubles estampillés à son nom ; mais cet élément stylistique pourrait permettre d’identifier plus de meuble de cet ébéniste. Par ailleurs, si vous avez connaissance de meuble portant cette double fleur avec ou sans vase je vous prie de bien me le faire savoir cela m’intéresserait beaucoup.

Ebénisterie Mathieu Vath
Façade d’une commode estampillée Jean Lapie

BIBLIOGRAPHIE

  • Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle – Pierre Kjellberg – Les Editions de l’Amateur
  • Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolutionns d’Art et d’Histoire – Alexandre Pradere – Editions du Chêne, 1989

Constat d’état

La commode était en plutôt bon état. Excepté quelques petits éclats sur la traverse du bas il n’y avait aucun manque de placage. Les seuls soucis étaient : un décollement des assemblages du bâti, quelques perces de placages visibles et beaucoup de décollements de placage sur l’ensemble des surfaces. Un autre souci était la décoloration des bois due au vernis tampon appliqué dessus.

La restauration

Le travail de restauration sur cette commode a donc consisté à réhydrater et ainsi régénérer les colles sur toutes les surfaces plaquées, par infiltration et un léger apport de chaleur. Lors de cette opération, plusieurs épaisseurs de papier sont positionnées afin d’absorber l’excédent d’humidité apportée par la colle infiltrante. Lorsque le collage est effectué et sec, les zones où la colle s’est infiltrée restent collées au papier et permettent de juger de l’efficacité de cette méthode. Un simple nettoyage à l’eau chaude permet de retirer les résidus de papier.

Ebénisterie Mathieu Vath
Sur cette photo on aperçoit bien les points de pénétration de la colle dans le placage

Le travail le plus important esthétiquement a été ensuite de travailler sur la couleur des bois. Après le retrait de l’ancien vernis, la quasi-totalité des couleurs sont revenues. En effet, cette commode a probablement été restaurée il y a une cinquantaine d’année et un peu trop énergiquement poncée, ce qui donne cette couleur quasi-neuve à l’amarante. Mais ce ponçage a aussi, et malheureusement provoqué des perces (qui ont été repris en réintégration chromatique à l’aquarelle) et surtout, cela a retiré la couche supérieur du bois de fond du médaillon qui était teinté. En effet, au XVIII siècle lorsque les ébénistes teintaient leurs bois, ils utilisaient des placages de forte épaisseur. De ce fait, la teinte n’arrivait pas à pénétrer au coeur du bois mais ne teintait que les premiers millimètres. Ce qui fait que lorsque l’on ponce ces bois on arrive à la couche du milieu, qui elle n’est pas teintée, ce qui provoque des manques de couleur dans les marqueteries.

Pour remédier à ce défaut, j’ai utilisé une technique de régénération de la teinte par un apport d’humidité et une aspiration sous vide. Afin de récupérer la teinte qui se trouve intact en contre parement et la faire migrer grâce à l’aspiration de l’air en parement. Généralement, cette technique apporte des résultats moyens mais pour cette commode le résultat fut très satisfaisant. Peut-être du fait que le fond avait été teinté lors d’une précédente restauration.

Ebénisterie Mathieu Vath
Teinte régénérée

La commode a ensuite été re-vernis au vernis Roubo afin de conserver et de mettre en valeur les couleurs retrouvées. Les bronzes ont simplement été nettoyés avec une solution d’EDTA diluée.

Ebénisterie Mathieu Vath
Après restauration
Ebénisterie Mathieu Vath

Pour voir les restaurations précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/

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