Commode Hedouin au C couronné

Ebénisterie Mathieu VATH

Importante restauration pour cette superbe commode tombeau d’époque Louis XV estampillée sur les quatre montants par Jean-Baptiste Hedouin. Le bâti et les tiroirs sont en chêne, sapin et noyer massifs. Elle est plaquée de satiné pour les contours du frisage, et d’une marqueterie géométrique en bois de violette. On distingue deux sortes de bois de violette : l’un au grain et au veinage très serrés pour les losanges, l’autre plus tortueux pour les contours, les montants et les traverses. Le marbre gris des Ardennes est mouluré et chantourné aux formes de la commode.

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Avant restauration

Vous retrouverez la biographie de cet ébéniste dans les articles sur la restauration d’un bureau dos d’âne, à suivre ci-dessous :

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Estampille HEDOUIN sur les quatre montants de la commode

Un seul élément suffit à dater cette commode sans aucun doute : le C couronné, présent sur tous les bronzes, sauf sur le cul-de-lampe, qui a disparu. De plus, la commode ne porte aucune trace de restauration majeure, hormis le bas des pieds plaqué de bois de rose. Quant aux bronzes, ils n’ont jamais été déposés, ou bien ils ont toujours été remis exactement en place : il n’y a pas d’autres traces de clous. Ce sont donc bien les bronzes d’origine.

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Marque du C Couronné

Le C Couronné

C’est un édit de 1745 qui fait obligation aux bronziers de frapper leurs ouvrages d’une petite lettre distinctive, un C surmonté d’une couronne, les soumettant ainsi au règlement d’une taxe. Celle-ci s’appliquait aussi bien aux objets qu’aux meubles qui en étaient ornés.

Il s’agit d’une marque sanctionnant un impôt payé sur les bronzes et les cuivres entre 1745 et 1749. Comme toute taxe, elle est largement impopulaire et l’on ne compte pas les nombreux procès opposant les artisans aux agents de l’État. Et pourtant l’édit de février 1745 est formel : il s’applique à « tous les ouvrages vieux et neufs, de bronze, de cuivre pur, de fonte, de cuivre mélangé, forgé, moulu, battu, plané, gravé, doré, argenté et mis en couleurs, sans aucune exception ». Un détail qui a de l’importance : nous sommes à l’époque de la guerre de succession d’Autriche et les besoins militaires sont alors pressants. En février 1749, la paix d’Aix-la-Chapelle est signée et quelques personnalités notent alors la « suppression des petits impôts nouveaux ».

Mais en attendant, le poinçon doit figurer sur tout travail de métal cuivreux exécuté ou vendu durant ces quatre années. Le texte précise également qu’il concerne « tout ouvrage vieux ou neuf ». Il est donc possible de le trouver sur des pièces antérieures à 1745. Il suffit pour cela que l’objet soit soumis à une nouvelle couche de dorure ou qu’il passe dans le commerce au cours de ces quatre années. Tel est le cas de certains meubles d’André-Charles Boulle, d’époque Louis XIV, mais dont le succès s’est prolongé. Il est donc possible de le rencontrer sur une œuvre antérieure à 1745 -même si cela est rare- alors qu’il sera absent d’un bronze plus récent, sauf s’il s’agit d’un faux. Même si l’on se limite aux bronzes Louis XV, il est difficile de les dénombrer tant le C couronné semble avoir envahi bronzes d’ameublement et objets de décoration aussi bien à Paris qu’en province au cours de ces quatre années. On sait combien de tels objets furent prisés à l’époque et le succès que connurent les bronziers.

Petite vérification avec un Pied du roi d’époque. Cela colle, les traverses font une ligne et toutes les dimensions correspondent bien à cette unité de mesure.

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Mystère!!!

Chaque meuble a sa part de mystère, un élément incompréhensible qui cache peut-être un secret. Pourquoi ces coups de ciseau sur la traverse haute ? Pour effacer une inscription ? Sa provenance ? Y avait-il une autre estampille ? Mystère…

Constat d’état

Attaquons-nous maintenant à la restauration. D’abord la façade : les traverses présentent beaucoup de manques de placage. Les tiroirs sont plutôt en bon état, malgré quelques manques. Le chantournement entre la traverse basse et le pied droit a disparu. Le placage des montants se décolle entièrement : il suffit de le soulever (ce qui sera très utile plus tard).

C’est sur les côtés que se trouve le plus gros du travail. Ils sont tous deux fendus à plusieurs endroits, sur environ 7 mm de large, avec une fente visible de chaque côté. Il manque des pièces de placage et il y a des perces au niveau des fentes. L’ensemble de la structure est complètement décollée, la commode ne tient presque plus que par son placage.

La restauration

Etant donné l’état de la marqueterie des côtés, le choix du type de restauration est assez simple. Il va falloir déposer entièrement le placage. Cette opération est une étape très lourde à effectuer. Il ne faut donc pas envisager cette solution à la légère.


Petite mise en garde. Déposer une marqueterie entière demande beaucoup de précaution et de savoir-faire. Il faut beaucoup d’exigence pour ne pas abîmer le meuble et lui conserver toute son authenticité. Entre de mauvaises mains, l’opération peut vite tourner à la catastrophe. Et je le répète : la dépose n’est pas une option systématique, elle doit être réfléchie et indispensable pour la pérennité du meuble dans le temps afin d’en garantir sa longévité.


Donc, pour commencer j’ai démonté entièrement la commode. Chaque pièce est repérée et notée minutieusement afin de la remettre exactement à sa place. Pour démonter la façade, j’ai dû déposer le placage des montants au niveau des chevilles, afin de pouvoir les retirer.

J’ai ensuite déposé les marqueteries des côtés. Je les ai collées sur une cale tendue pour les restaurer, en comblant les manques avec du placage raclé, poncé et mis à la bonne épaisseur. Les bandes de placage verticales des deux côtés étaient trop abîmées : je les ai remplacées par du bois de violette neuf, scié, raclé, poncé et mis à la bonne épaisseur. J’ai enfin effectué une repousse, pour obtenir une surface parfaitement homogène.

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Magnifique choix de bois
Commode Hedouin au C couronné, restauration
Marque du traçage de la marqueterie

Pour ce qui est du bâti, il a été entièrement démonté puis recollé en comblant les manques de matière par du bois de la même espèce.

Ensuite, après avoir effectué une repousse sur le parement, les placages ont été recollés à la colle chaude sous-vide en veillant à ne pas dépasser les 60 degrés. Au-delà, les protéines contenues dans la colle se dégradent et elle perd son pouvoir d’adhérence. Après un week-end de séchage, j’ai retiré le film qui maintenait les marqueteries. Le collage est réussi : la surface est parfaitement lisse, ce qui garantit la conservation totale de la patine (aucun ponçage).

Le placage des traverses et des montants a été recollé traditionnellement avec de la colle chaude et des cales. Les marqueteries des tiroirs ont été recalées sous-vide avec infiltration de colle.

Lorsque toutes les surfaces plaquées ont été restaurées, j’ai recollé la façade ainsi que les fonds avec de la colle de poisson et l’arrière a été chevillé avec ses chevilles d’origine. Puis j’ai recollé les placages des montants au niveau des assemblages.

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Recollage de la commode

Arrive l’étape de la finition. Après un léger égrainage avec un abrasif fin (400) j’ai effectué le rempli à la ponce soie. Puis les oxydations des placages neufs. Et enfin, j’ai appliqué un vernis au tampon incolore. Le tout sur une période d’un mois en laissant bien tirer entre chaque étape.

Commode Hedouin au C couronné, restauration
Début du remplissage à la ponce

J’ai réalisé une nouvelle clé, parfaitement adaptée aux serrures d’origine, l’ancienne ayant disparu. J’ai ensuite nettoyé les bronzes au bois de Panama. Le tablier, rapporté, n’avait pas la même dorure : je l’ai donc redoré à la feuille d’or, et j’en ai profité pour reprendre les quelques manques de dorure des bronzes d’origine. Je les ai enfin reposés à leur emplacement d’origine, en comblant les trous avec des allumettes.

Pour voir les restaurations précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/

2 : réflexions sur “ Commode Hedouin au C couronné ”

  1. Magnifique travail bravo, j’ai un questionnement concernant les bronzes quel est le traitement que vous leur faites pour les ramener a leur état d’origine. Merci

    1. Il n’y a pas de miracle, de l’eau du savon une goute de vinaigre blanc, une brosse a poils souples et non rayante, et surtout beaucoup d’huile de coude. Après un petit coup de peau de chamois. Et de temps en temps une re-dorure partiel sur les manques, à la feuille d’or.

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