Bureau à 8 pieds estampillé Manet

Ebénisterie Mathieu Vath

Restauration d’un Bureau à 8 pieds, dit communément bureau « Mazarin », d’époque Louis XIV, fin/début XVIIème siècle. Son bâti est en poirier et conifère massifs, les côtés et fonds de tiroir en poirier. Il comporte deux caissons latéraux, ouvrant chacun par trois tiroirs, et un tiroir central au-dessus d’un caisson médian bordé de pans arrondis. Deux entretoises en X réunissent les montants et les huit pieds en console. La marqueterie des tiroirs est en étain et poirier noirci représentant un décor de la fin du XVIIème siècle. Les côtés ainsi que l’abattant sont composés d’une marqueterie de bois indigène sur fond de poirier noirci et représentent un bouquet de fleurs, avec un lys central et un papillon, encadré de filets et d’écoinçons en étain. Les bronzes et le piétement ont été rapportés au XIXe siècle. La marqueterie qui le recouvre est constituée : d’étain, de laiton, d’écaille de tortue, de poirier noirci, d’érable, de charme, de houx, de buis, d’épine vinette, d’amarante, de poirier et d’érable teinté vert.

Bureau Mazarin Manet, restauration
Avant restauration

Bureau Mazarin Manet, restauration

Ce bureau est composé de 7 tiroirs, d’un abattant central et repose sur huit pieds en console réunis par deux entretoises. Toutes les serrures sont d’origine. Le plateau est entouré d’une lingotière en bois et laiton. Sa marqueterie représente un bouquet de fleurs avec des écoinçons en étain. S’y ajoutent des animaux exotiques : des autruches, deux perroquets mangeant une cerise, des escargots, des papillons, des chenilles, des scarabées, des échassiers, des huppes fasciées et, plus étonnamment, deux Yazhi ou Yali. Le bec et les pattes des perroquets sont en écaille de tortue, dorée à la feuille d’or en contre-parement.

Il comporte deux tiroirs secrets, de part et d’autre du tiroir central. Le piétement a été modifié et les bronzes rapportés au XIXe siècle.

Signé sur le tiroir central A. MANET inv Fecit.

Ht: 77 cm – Lg: 105 cm – Pf: 62 cm

Bureau Mazarin Manet, restauration

Le Yazhi ou Yali.

C’est un animal mythique, chimère d’un lion, d’un éléphant et d’un serpent. Il peut avoir la tête, les pattes, les griffes et la queue d’un lion, les crocs d’un serpent, et le corps, les pattes arrière et la trompe d’un éléphant. Parfois appelés Vyalas, ils sont connus pour leur férocité, leur vitesse et leur force. Il possède l’agression masculine et la masculinité du Lion, la grâce du serpent, et l’intelligence d’un éléphant. En tant qu’animal transmuté, on dit qu’un yazhi est plus fort qu’un lion ou un éléphant combiné et pour cette raison, il a été utilisé comme monture pendant les guerres. On voit aujourd’hui des statues de Yazhi dans les temples hindous. Il est couramment sculpté sur les piliers, les murs et à l’entrée des portes latérales.

Bureau Mazarin Manet, restauration

Tous ces animaux nous ramènent à un thème asiatique, particulièrement les Yazhi. Le commanditaire de ce bureau portait donc un grand intérêt à cette région du monde. Il a probablement fourni la documentation à l’ébéniste pour réaliser ses marqueteries. Ces motifs doivent sans doute beaucoup à l’essor de la Compagnie des Indes orientales, créée par Colbert le 27 août 1664. Ils doivent plus particulièrement à son établissement de Surate, dans l’actuel Gujarat, fondé par François Caron, directeur de la compagnie.

Une petite information sur la fabrication du plateau : on voit très bien que les animaux ont été découpés séparément, puis insérés dans le fond, noir à l’origine. La technique utilisée a été la marqueterie par superposition car l’on retrouve les parties et contre-parties sur chaque paire d’animaux (gauche/droite/bas/haut).

Bureau Mazarin Manet, restauration

 Constat d’état

Les colles de l’ensemble des marqueteries étaient fortement déshydratées, en particulier sous l’étain et le laiton. Il manquait un peu de placage de bois et d’étain. Les deux côtés présentaient une fente structurelle sur les trois quarts de leur longueur, avec une déformation des panneaux. Une restauration précédente avait mal positionné et recollé le plateau. Le piétement n’était pas d’origine et détonnait avec le reste du caisson. Enfin, le poirier noirci était décoloré et ne jouait plus son rôle de contraste avec la marqueterie.

La restauration 

Le travail de restauration s’est déroulé en plusieurs étapes.

  1. Première étape : mise en hygrométrie du meuble afin de lui assurer une bonne stabilité future face aux variations hygrométriques. Cette étape s’est déroulée sur une période de deux mois afin de stabiliser le meuble à 50% de taux d’humidité.
  1. Démontage des bronzes 
  1. Dépose du plateau et démontage des consoles de pied. Cette étape s’est déroulée sans aucun souci. Les anciennes colles étant fortement déshydratées, un simple mouvement de levier a permis de décoller ces éléments structurels.
  1. Ré-hydratation des colles du plateau par infiltration sous-vide.
  1. Ré-hydratation des marqueteries de façade des tiroirs par infiltration sous- vide.
  1. Restitution d’un élément d’étain, de filets.
  1. Dépose des placage de côtés.
  1. Bridage des fentes par une pièce de bois massif sur les deux tiers de l’épaisseur.
  1. Repose et recollage des marqueteries.
  1. Démontage du piétement et des consoles de montant .
  1. Restauration du massif des montant en merisier.
  1. Réalisation de nouvelles marqueteries en placage de poirier noirci, étain, buis, amarante, espenille, érable et érable teinté vert.
  1. Collage des marqueteries à la colle chaude et incrustation des filets
  1. Recollage du plateau après ajustage des tiroirs.
  1. Recollage du piètement après avoir nettoyé les bronzes.
  1. Nettoyage et décapage
  1. Mise en teinte des fond et oxydation des placages neuf   
  1. Finition vernis tampon dépoli à la cire incolore.

L’épine vinette (Berberis vulgaris)

L’épine-vinette est un arbuste épineux au feuillage caduc, au bois rougeâtre et à la croissance rapide. Atteignant de 1 à 4 mètres de haut et 30 cm de diamètre, il est très rustique et ne demande quasiment aucun entretien. On a longtemps utilisé son écorce et ses racines en teinture, pour obtenir une couleur jaune. Cette essence est aujourd’hui presque introuvable. Suspectée de transmettre la rouille noire des céréales, elle est arrachée systématiquement depuis le début du XXe siècle.
Elle est facile à reconnaître, car on employait souvent le bois de bout de ses racines (voir les photos microscopiques ci-dessous).

Bureau Mazarin Manet, restauration
Paquets avant découpe
Bureau Mazarin Manet, restauration
Mise en teinte

Ce fut un travail long et plein de questionnements. Je sortais en effet de mon travail habituel de restauration et de conservation. Fallait-il conserver le piétement ou le modifier ? Quels éléments reproduire, et avec quelle inspiration ? Ce fut un long processus de discussion, avec mon client bien sûr, mais aussi avec mes confrères. Je ne peux pas prétendre avoir choisi la bonne solution. À quelques exceptions près, les marqueteries choisies (fleurs, feuilles) reprennent des éléments présents sur le meuble. Le choix des proportions marqueterie de bois/étain est-il juste?

Mais tout est affaire de compromis. Nous avons oxydé les marqueteries neuves un ton au-dessus des existantes, afin qu’elles soient facilement identifiables. Le but n’est pas de faire croire que ce piétement est d’origine. Au contraire, il s’agit de souligner discrètement qu’il est une interprétation de ce qui aurait pu être. Je tiens à remercier Noémie pour son aide lors de son stage. J’espère que les ombrages de la marqueterie commencent à être maitrisés.

Bureau Mazarin Manet, restauration
Après restauration

Pour voir les restaurations précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/

4 : réflexions sur “ Bureau à 8 pieds estampillé Manet ”

  1. Merveilleux! quelque soit l’époque, création ou restauration on reste sans voix. Toute petite je restais des heures en extase sur des meubles tels celui ci exposés à Cannes chez un antiquaire de la Croisette. Mon admiration est toujours la même. Merci pour cette explication illustrée.

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