Commode Régence estampillée Marchand

Ebénisterie Mathieu Vath

Restauration d’une commode d’époque Régence, estampillée Nicolas-Jean Marchand. Elle est plaquée de bois de violette en frisage pointe de diamant, sur un bâti de chêne. Elle ouvre par quatre tiroirs. Par ailleurs, une garniture de bronzes ciselés au C couronné orne l’ensemble. On y trouve d’épaisses poignées tombantes et de grandes rosaces godronnées. S’y ajoutent des entrées de serrure en cartel et des chutes d’espagnolettes, terminées par des sabots en serres d’aigle.

Commode Régence estampillée Marchand, à son arrivée à l'atelier
A son arrivée à l’atelier

Le C couronné

L’édit royal de 1745 impose aux bronziers une marque distinctive : un « C » surmonté d’une couronne. Elle doit figurer sur toute leur production, objets comme meubles ornés de bronze. En effet, elle prouve le paiement d’une taxe sur les bronzes et les cuivres, de 1745 à 1749. Comme tout impôt, cette taxe suscite un vif mécontentement. Elle provoque ainsi de nombreux litiges avec les agents de l’État. Pourtant, l’édit de février 1745 est clair : la taxe vise « tous les ouvrages vieux et neufs, de bronze, de cuivre pur, de fonte […] sans aucune exception ».

Chaque artisan doit donc se rendre au bureau de la marque, au « cul-de-sac des Bourdonnais », près des Halles. Là, il fait inscrire son poinçon et paie la redevance. Cette période correspond d’ailleurs à la guerre de Succession d’Autriche, très coûteuse pour l’État. Puis, en février 1749, la paix d’Aix-la-Chapelle est signée. Elle entraîne alors la suppression de plusieurs impôts récents.

Entre-temps, tout ouvrage en métal cuivreux fabriqué ou vendu pendant ces quatre années doit porter le poinçon. Le texte vise en outre « tout ouvrage vieux ou neuf ». Par conséquent, ce poinçon peut figurer sur des pièces antérieures à 1745, redorées ou vendues à cette période. C’est par exemple le cas de certains meubles d’André-Charles Boulle, d’époque Louis XIV. Ainsi, même si c’est rare, on peut trouver ce poinçon sur une œuvre plus ancienne.


Bibliographie
  • « Les Bronzes dorés français du XVIIIème siècle » Pierre Verlet – Picard Editeur – 1987
Estampille Nicolas Jean Marchand
Estampille MARCHAND

MARCHAND Nicolas Jean

Nicolas-Jean Marchand est un ébéniste parisien du XVIIIᵉ siècle. Il travaille surtout sous la Régence et au début du règne de Louis XV. Né vers 1697, il appartient à la génération qui fait évoluer le mobilier, de la fin du style Louis XIV vers le goût rocaille.

Très tôt, Marchand s’impose comme un spécialiste des meubles de grande qualité, destinés à une clientèle aisée. Il travaille surtout les bois précieux et la marqueterie fine, alors très appréciée. Il réalise notamment des commodes, des meubles plaqués et des caisses d’horloge. Certes, il est aujourd’hui moins connu que Boulle ou Cressent. Toutefois, il jouissait d’une solide réputation auprès de ses contemporains.

Atelier et démêlés avec les fondeurs

Marchand s’installe à Paris, rue Saint-Nicolas, dans le faubourg Saint-Antoine, quartier des ateliers d’ébénisterie. Il devient maître ébéniste avant 1738. Dès lors, il peut produire et vendre officiellement ses meubles.

Au cours de sa carrière, il a aussi des démêlés avec la communauté des fondeurs, chargée des bronzes. En effet, on lui reproche d’employer en cachette un ouvrier bronzier. Or cette pratique enfreint les règles strictes des métiers parisiens.

Nicolas-Jean Marchand apparaît donc comme un représentant compétent de l’ébénisterie parisienne du début du XVIIIᵉ siècle. Il évolue dans un milieu très réglementé. Enfin, il participe à la production de meubles de luxe typiques de la Régence et des débuts de Louis XV.

BIBLIOGRAPHIE

  • Les ateliers parisiens d’ébénistes et de menuisier aux XVIIe et XVIIIe siècles – Guillaume Janneau – Éditions Serg – 1975
  • Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle – Pierre Kjellberg – Les Editions de l’Amateur – 1989

Constat d’état

Cette commode présentait peu de décollements et de manques de placage. Le dégât le plus important était une longue fente sur le côté droit. Par ailleurs, la finition à la gomme laque était entièrement chancie.

La restauration

D’abord, j’ai stabilisé les décollements de placage. Pour les manques, j’ai préparé du bois de violette raclé, poncé, verni et oxydé naturellement aux UV. Puis je l’ai mis à la bonne épaisseur en contre-parement et collé à la colle protéique. Ensuite, j’ai recollé la fente du côté droit en même temps que le placage, sans aucun désaffleur.

Le client souhaitait une finition plus proche de l’origine. J’ai donc retiré la gomme laque jaunie avec un décapant adapté. Celui-ci n’enlève que le film de gomme laque, sans toucher au « fond ». Enfin, sans aucun ponçage, j’ai appliqué une finition au poli-ciré.

Commode Régence estampillée Marchand, après restauration
Après restauration

Lors d’une restauration antérieure, quelqu’un avait entièrement décapé les bronzes. D’ailleurs, ils n’ont sans doute jamais été dorés. En réalité, peu de bronzes l’étaient à l’origine.

Pour approcher au plus près de la finition d’origine, nous avons donc mis les bronzes en couleur. Puis nous avons appliqué un vernis à l’ambre, selon une recette de « L’Art du peintre, doreur, vernisseur » de Jean-Félix Watin (1773).


Commode Régence estampillée Marchand, restauration

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