Armoire à la Régence estampillée MIGEON

Ebénisterie Mathieu Vath

Restauration d’une armoire de style Régence, sans doute des années 1740, estampillée Pierre IV Migeon. On peut d’ailleurs la voir aussi comme une bibliothèque. Son bâti est en chêne et résineux. Elle est entièrement plaquée de bois de violette, de palissandre sur le dessus et de noyer à l’intérieur. Les portes portent un frisage en ailes de papillon. En revanche, les côtés présentent un décor en carré, typique de Migeon. Une moulure de laiton demi-ronde borde la corniche à doucine. Enfin, des cannelures de laiton, terminées par des rondelles, ornent les montants.

Ce meuble ne serait d’ailleurs pas unique : nous avons retrouvé le même modèle en bibliothèque.

Armoire à la Régence Migeon, avant restauration
Avant restauration

Pierre IV Migeon (1696-1758)

Le nom Migeon désigne une lignée d’ébénistes parisiens des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Or plusieurs générations portent le prénom de Pierre. Il en résulte une certaine confusion dans l’attribution de leurs œuvres.

  • Pierre Iᵉʳ Migeon (vers 1620 – après 1680) : maître menuisier en sièges, il pose les bases de l’activité artisanale de la famille.
  • Pierre II Migeon (vers 1650 – actif à la fin du XVIIᵉ siècle) : il poursuit le métier dans la menuiserie en sièges.
  • Pierre III Migeon (1661-1722) : il élargit l’activité familiale et se rapproche du métier d’ébéniste.
  • Pierre IV Migeon (1696-1758) : le plus célèbre, ébéniste parisien de grand renom.
  • Pierre V Migeon (1723- après 1775) : fils de Pierre IV, il reprendra l’atelier et perpétuera le style paternel.

Né en 1696, Pierre IV Migeon apprend très tôt le métier auprès de son père, Pierre III. Il devient maître ébéniste en 1729 et ouvre alors son atelier rue de Charenton. Très vite, l’affaire grandit et emploie plusieurs compagnons et ouvriers.

Un atelier au service de grands clients

Certains confrères travaillent uniquement pour la haute aristocratie. Migeon, au contraire, développe un atelier polyvalent. Il sert ainsi une clientèle bourgeoise, aristocratique et même royale. Parmi ses clients figurent le duc d’Orléans, la duchesse de Rohan, la duchesse d’Épernon et le maréchal de Noailles. S’y ajoutent plusieurs évêques et ambassadeurs, ainsi que la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV et grande mécène. Ce lien privilégié montre bien sa réputation et sa place dans les cercles du pouvoir.

Migeon est ébéniste, mais aussi marchand. À ce titre, il collabore avec des ébénistes parmi les plus renommés de son temps : Bircklé, Canabas, Criaerd, Jacques Dubois, Lacroix, Saunier ou encore Topino.

Son activité dure près de trente ans, de sa maîtrise en 1729 à sa mort en 1758. Son atelier prospère donc à une période charnière. C’est en effet le passage du style Régence, sobre et plus léger, au style Louis XV, galbé et rocaille.

Ses meubles se distinguent par :

  • un usage fréquent de la marqueterie géométrique en placages de bois exotiques (notamment le bois de violette, l’amarante, le bois de rose) ;
  • une ornementation en bronzes dorés, élégante mais mesurée ;
  • des proportions équilibrées, marquant une volonté de raffinement sans exubérance.

Après sa mort en 1758, son fils Pierre V reprend l’atelier. Il poursuit ainsi la tradition familiale jusque dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle.

Bibliographie

  • Sophie Mouquin — Pierre IV Migeon, 1696-1758 : au cœur d’une dynastie d’ébénistes parisiens. Paris : Les Éditions de l’Amateur, 2001.
  • Pierre Kjellberg — Le mobilier français du XVIIIe siècle : dictionnaire des ébénistes et des menuisiers. Paris : Éditions de l’Amateur, 1989.
Estampille Migeon
Estampille MIGEON

Constat d’état

À son arrivée, ce meuble ne présentait aucun défaut de structure, hormis de légères fentes sur quelques panneaux. En revanche, le placage avait beaucoup souffert. Les colles, très déshydratées, provoquaient fêlures, craquelures et décollements. On notait aussi quelques manques. De plus, d’anciennes greffes se voyaient, faute d’un bois de violette assez foncé : on avait utilisé du placage tranché, trop pâle.

Le vernis au tampon était en bon état. Cependant, on voyait dessous des traces de produits pour laiton. Ces produits acides avaient taché le bois près du laiton, avec sans doute des coulures et même des traces de doigts. Enfin, la plupart des laitons étaient décollés : seul le placage les retenait encore.

La restauration

Fort heureusement, cette armoire est démontable. Nous avons donc pu traiter chaque élément sous vide, en régénérant les anciennes colles par infiltration. Puis, à la place des anciennes greffes, nous avons posé du bois de violette scié, raclé, poncé et mis à la bonne épaisseur en contre-parement.

Pour effacer les traces de « popote », nous avons retiré l’ancienne finition avec un solvant adapté. Ensuite, un poli Roubo à la cire nous a rapprochés de la finition d’origine. Une couche de résine urée-aldéhyde (résine cétonique) protège désormais les laitons. Enfin, après révision des serrures, nous avons fabriqué les clés qui manquaient.

Armoire à la Régence Migeon, après restauration
Après restauration

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