Restauration d’un secrétaire de dame d’époque Louis XVI estampillé de Martin Carlin JME. Le bâti est en chêne massif, avec du conifère pour l’abattant et le vantail inférieur. L’extérieur est entièrement plaqué d’acajou du Honduras, excepté le chant supérieur, agrémenté d’une fine languette d’amarante. Les intérieurs sont plaqués de bois de rose, d’amarante et de filets de buis et ébène. Fait extrêmement intéressant : le caisson intérieur supérieur n’a jamais subi de restauration et comporte encore sa finition d’origine, un magnifique poli qui a conservé les couleurs et son éclat satiné.
À noter : la serrure de l’abattant, son entrée de serrure et le velours rouge ont été rapportés.

Originaire de Fribourg-en-Brisgau dans la principauté de Bade en Allemagne Martin Carlin (vers 1730-1785) obtient sa maîtrise le 30 juillet 1766 à Paris. En 1759, il épouse Marie-Catherine Oeben, l’une des sœurs de l’ébéniste Jean-François Oeben, pour qui il travaille comme ouvrier à gages. Ils auront trois enfants. Après sa maîtrise, il s’installe rue du Faubourg-Saint-Antoine, à l’enseigne du « Saint-Esprit » ou de « La Colombe ». Sans avoir jamais reçu le titre d’ébéniste de la Couronne, Carlin livre de nombreuses commandes à la famille royale. Il passe par les marchands-merciers avec qui il collabore, comme Simon-Philippe Poirier ou Dominique Daguerre. Parmi ses clients les plus célèbres figurent la reine Marie-Antoinette, la comtesse de Provence ou encore Mesdames, filles de Louis XV. Sous Louis XVI, Martin Carlin s’impose comme le maître des meubles ornés de plaques de porcelaine de Sèvres, commandées directement à la manufacture. Il réalise surtout de petits meubles légers, précieux et féminins : petites tables, guéridons, pupitres à musique, bonheurs-du-jour ou coffres à bijoux, plaqués de bois de rose, d’amarante ou d’ébène. Plus rarement, il réalise aussi des ouvrages en marqueterie de fleurs et d’objets.
BIBLIOGRAPHIE
- Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle – Pierre Kjellberg – Les Editions de l’Amateur – 2008
- L’art et la manière des maitres ébénistes français du XVIIIème siècle – Jean Nicolay – 1956

Nous retrouvons la trace de notre secrétaire dans l’ouvrage de Jean Nicolay. En voici l’illustration et la description :
Apte à tout, CARLIN fabriquait des meubles d’une sobriété classique et impeccable, tel ce secrétaire (fig.D) appartenant à la collection Simone Berriau et qui a été vendu 20.500 francs.
L’art et la manière des maitres ébénistes français du XVIIIème siècle – Jean Nicolay – 1956

Constat d’état
Ce secrétaire est en bon état général. Hormis quelques rayures, les côtés ne présentent aucune déformation. Il y a quelques « cloches » de placage à recoller et des manques sur la feuille d’amarante du chant supérieur du tiroir. L’essentiel du travail portera donc sur l’écart provoqué par un archange de la porte basse et des fentes de celle ci dues à la rétractation dimensionnelle de la partie massive.






















La restauration
Nous avons d’abord déposé le placage de la porte basse pour restaurer son âme en conifère et chêne massif. Nous l’avons ensuite reposé et recollé à chaud, à la colle de mammifère. Nous avons ajouté une alaise de placage d’acajou sur le côté gauche, pour compenser la perte de largeur du placage. Placée sous le bronze, cette greffe ne se verra pas.
Nous avons recollé l’écart de la joue de la charnière à la colle de poisson. De petites greffes de placage d’acajou, sciées, raclées et poncées avant collage, ont restitué les manques.

Nous avons posé une greffe d’amarante sur la bande de chant du tiroir. Nous l’avons découpée à la scie bocfil, pour conserver au maximum le placage ancien.




Toutes les serrures ont retrouvé une clé ajustée sur mesure.


Nous avons conservé la finition : nous avons simplement allégé et régénéré l’ancien vernis, avant d’appliquer une nouvelle couche de vernis au tampon.
Nous avons nettoyé les bronzes avec une solution d’EDTA diluée, puis nous les avons reposés avec leurs vis d’origine, quand elles subsistaient. Nous avons simplement nettoyé et reciré le marbre de Sarrancolin.



















Pour voir les restaurations précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/
Vous pouvez retrouver ce meuble chez Etienne Thuriet Antiquaire


Bonjour Monsieur,
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt là restauration de ce magnifique secrétaire. J’admire votre travail.
Je possède moi même un meuble qui m’intrigue. Il est est estampillé de ce même Martin Carlin mais je n’y reconnaît pas son style.
Si je vous envoie quelques clichés, auriez-vous l’amabilité de me donner votre sentiment et votre expertise ? Fausse estampille, œuvre de jeunesse, meuble d’imitation…
Merci par avance !
Emmanuel Peribanez
Bonjour,
Oui bien sur vous pouvez m’envoyer vos photo sur cette adresse mathieu.vath@ebenisterie-mathieuvath.fr
Cordialement
Mathieu Vath
Bonjour,
Je vous ai donc adressé un mail avec les photos !
Je vous donne ses mensurations : 54 cm de profondeur ; 103 cm de hauteur et 220 cm de longueur !
Je suis impatient de connaître votre avis sur le sujet. Merci d’avance !
Cordialement,
Emmanuel Peribanez