Restauration d’un secrétaire à abattant de style Transition, réalisé au XIXᵉ siècle, en placage de bois de rose et amarante sur un bâtis de chêne. Ce secrétaire constitue une interprétation érudite des modèles parisiens des années 1765-1775 et s’inspire directement du célèbre secrétaire attribué à l’ébéniste Philippe-Claude Montigny conservé au Musée des Arts Décoratifs. Le rapprochement stylistique avec le modèle du musée apparaît immédiatement dans la conception architecturée du meuble, dans le traitement du piètement à décrochements ainsi que dans l’utilisation d’une ornementation de bronze d’inspiration « goût grec ».

Le meuble adopte une structure rectangulaire rigoureuse ouvrant par un large abattant en façade et par deux vantaux en partie inférieure. Cette organisation parfaitement symétrique illustre l’abandon progressif des lignes mouvementées du rocaille Louis XV au profit d’une esthétique plus géométrique et monumentale propre au style Transition. Le XIXᵉ siècle redécouvre alors avec passion les grands modèles de l’ébénisterie parisienne du XVIIIᵉ siècle et produit des meubles inspirés des créations de Montigny, de Levasseur ou de Garnier, particulièrement appréciées pour leur vocabulaire néoclassique.
Le placage présente ici un important travail de contraste en bois aux tonalités chaudes de bois de rose, encadré de réserves d’amarante et de de bronze doré qui accentuent la lecture architecturale des volumes. Cette composition de grands panneaux encadrés correspond précisément aux recherches formelles du « retour à l’antique » développées à Paris à partir du milieu des années 1760. Les ébénistes abandonnent alors progressivement les compositions asymétriques rocaille pour privilégier les surfaces planes, la symétrie et les références à l’architecture classique.








L’influence du secrétaire conservé au Musée des Arts Décoratifs de Paris est particulièrement visible dans le traitement du soubassement et du piètement. Le socle à décor de grecques découpées reprend le vocabulaire ornemental caractéristique des créations de Montigny : piétement massif, rythmé par des décrochements rectilignes et souligné de bronzes géométriques inspirés des modèles Louis XIV et Boulle remis à la mode sous le règne de Louis XVI. Ce type de base architecturée constitue l’une des signatures esthétiques des ateliers travaillant dans le goût néoclassique Transition.
L’ornementation de bronze participe également pleinement à cette filiation stylistique. Les encadrements rectilignes en applique, les angles soulignés ainsi que les motifs de grecques rappellent directement les bronzes décrits sur le secrétaire original de Montigny. Les modèles du XVIIIᵉ siècle réemployaient déjà des formes héritées d’André-Charles Boulle et de Charles Cressent dans un esprit de renouveau classique ; cette réinterprétation du XIXᵉ siècle conserve précisément cette même référence historique.
Le meuble illustre ainsi parfaitement l’esthétique dite « Transition néoclassique » : une synthèse entre la monumentalité héritée du Grand Siècle et la pureté géométrique inspirée de l’Antiquité. Son dessin strictement symétrique, la construction du piètement, l’importance donnée aux encadrements de bronze et la sobriété décorative des surfaces en placage témoignent d’une volonté explicite de se rapprocher des modèles parisiens des années 1765-1770.

Philippe-Claude Montigny
Philippe-Claude Montigny
Philippe-Claude Montigny (1734–1800) est un ébéniste parisien du XVIIIᵉ siècle, reçu maître en 1766, actif dans le contexte de la production de mobilier de luxe sous le règne de Louis XVI. Installé à Paris, il travaille principalement dans le faubourg Saint-Antoine et s’inscrit dans les circuits professionnels des ébénistes et des marchands-merciers. Son œuvre connue relève du mobilier de prestige, notamment des commodes, bureaux et secrétaires, exécutés en placages de bois précieux (bois de rose, amarante, ébène) et enrichis de bronzes dorés. Sa production témoigne d’une orientation stylistique néoclassique, avec des références au goût « à la grecque » et à la tradition Boulle, caractérisée par l’emploi de contrastes de matériaux et de compositions décoratives structurées. Il participe ainsi à la diffusion des formes et ornements caractéristiques du mobilier parisien de la fin de l’Ancien Régime, destiné à une clientèle aristocratique et institutionnelle. Il meurt à Paris en 1800.
BIBLIOGRAPHIE
- Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle – Pierre Kjellberg – Les Editions de l’Amateur – 1989
- Les ateliers parisiens d’ébénistes et de menuisier aux XVIIe et XVIIIe siècles – Guillaume Janneau – Éditions Serg – 1975
- Les ébénistes français de Louis XIV à la révolution – Editions du Chêne – 1989 – Alexandre Pradere








