Restauration d’une commode d’époque transition à ressaut en placage de bois de rose et de palissandre. Les encadrements de filets à la grecque teintés vert sont en charme et la façade a un décor en « ailes de papillon ». Elle s’ouvre par deux grands tiroirs à traverse dissimulée, et trois tiroirs sur un rang supérieur. Les montants à cannelures simulées sont en placage d’ébène et de buis. Elle repose sur quatre pieds cambrés ornés de sabots en forme de pieds de biche. Au fil des siècles, sa structure a connu quelques transformations (le panneau de dessus et des éléments du bâti intérieur). On a aussi embelli les traverses de façade avec des filets plus complexes. Elle reste pourtant très représentative du style Transition.
Si on la regarde sans ses pieds, tout est de style Louis XVI : les anneaux de tirage, les entrées de serrure. Le piétement, lui, est de style Louis XV : pieds cambrés et sabots en pied de biche.

Le style Transition
Le style Transition fait le lien entre la fantaisie du style Louis XV et le retour à l’inspiration classique du style Louis XVI. On le situe généralement de 1750 à 1774. Il naît sous l’impulsion d’architectes novateurs, marqués par la découverte des vestiges d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748). Ils veulent se démarquer du Louis XV et de l’abus de courbes de certains ornemanistes. Ils reviennent à la rigueur et à la symétrie du monde gréco-romain. En 1758, le collectionneur avant-gardiste Ange-Laurent de La Live de Jully commande à l’architecte Louis-Joseph Le Lorrain une série de meubles qui tranche avec le goût de l’époque. On peut la voir aujourd’hui au château de Chantilly. Comme son nom l’indique, le style Transition est un style de recherche, qui marque le passage du Louis XV au Louis XVI. Le mobilier Transition est appelé à l’époque « dans le goût grec ».

Constat d’état
Le bâti était en assez bon état. Les assemblages étaient solides sans jeux ni éclats. Les côtés étaient légèrement déformés, mais des pièces de bois massif collées à contre-fil, lors d’une restauration précédente, maintenaient encore efficacement les panneaux. Les tiroirs sont légèrement déformés mais rien de vraiment gênant.
La restauration
Le travail de restauration va donc se concentrer sur le placage. On relevait quelques manques, quelques décollements et des perces dues aux ponçages excessifs des restaurations précédentes. L’une d’elles, sur l’aile de papillon en bas à droite de la façade, gênait la lecture du meuble. J’ai donc recollé les placages en glissant de la colle chaude dessous. J’ai restitué les manques avec du placage raclé et poncé avant collage, pour ne pas avoir à poncer ensuite et toucher à la patine.
Pour le cas de la perce sur le frisage en aile de papillon j’ai déposé le placage sain, puis j’ai réalisé une greffe en utilisant la technique de découpe Boulle. Cette méthode permet de ne pas changer la feuille de placage entièrement mais d’avoir une greffe la plus discrète possible afin de conserver un maximum de placage ancien. J’ai bien sûr raclé et poncé le placage rapporté en parement, puis je l’ai mis à la bonne épaisseur en contre-parement.


J’ai ensuite décapé l’ancien vernis jauni avec un produit non agressif, qui conserve le « fond » dans les pores du bois. Puis j’ai réalisé les oxydations et quelques réintégrations chromatiques afin de restituer la couleur et le veinage du bois.

Côté gauche 
Côté droit
J’ai ensuite appliqué un vernis au tampon incolore. J’ai nettoyé les bronzes au bois de Panama.

Pour voir les restaurations précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/



























