Secrétaire Louis XV Estampillé MIGEON

Ebénisterie Mathieu Vath

Restauration d’un secrétaire, communément appelé « secrétaire en armoire » ou « secrétaire à abattant », portant l’estampille MIGEON.  Ce meuble se distingue par sa façade en arbalète, s’ouvrant par un abattant pivotant qui révèle neuf petits tiroirs galbés. L’intérieur de l’abattant est revêtu de cuir.

L’« armoire » elle-même s’ouvre à deux vantaux.  L’ensemble de la façade est plaqué de quatre panneaux en frisage de bois de violette, découpés obliquement en ailes de papillons. Chaque compartiment est orné d’un décor en quartefeuille en ailes de papillons, inscrit dans un losange en réserve, au sein d’un cadre de marqueterie contrariée composé de filet, de plate-bande et d’une large frise en bois de fil. Le centre de l’arbalète, en large faux dormant, est également marqueté de chevrons dans une plate-bande. Les montants arrondis, en décrochement, sont plaqués en chevrons. La base, légèrement saillante et galbée, est chaussée de bronzes ciselés et dorés. Le dessus est en marbre brèche d’Alep, à bord mouluré à bec de corbin.

Ebénisterie Mathieu Vath
Avant restauration

Pierre IV Migeon (1696-1758)

Le nom Migeon est associé à une lignée d’ébénistes actifs à Paris du XVIIᵉ au XVIIIᵉ siècle. On recense plusieurs générations de maîtres portant le prénom de Pierre, d’où une certaine confusion dans l’attribution de leurs œuvres.

  • Pierre Iᵉʳ Migeon (vers 1620 – après 1680) : maître menuisier en sièges, il pose les bases de l’activité artisanale de la famille.
  • Pierre II Migeon (vers 1650 – actif à la fin du XVIIᵉ siècle) : il poursuit le métier dans la menuiserie en sièges.
  • Pierre III Migeon (1661-1722) : il élargit l’activité familiale et se rapproche du métier d’ébéniste.
  • Pierre IV Migeon (1696-1758) : le plus célèbre, ébéniste parisien de grand renom.
  • Pierre V Migeon (1723- après 1775) : fils de Pierre IV, il reprendra l’atelier et perpétuera le style paternel.
Ebénisterie Mathieu Vath
Estampille MIGEON

Né en 1696, Pierre IV Migeon est initié très tôt au métier par son père, Pierre III. Il devient maître ébéniste en 1729, moment où il ouvre officiellement son propre atelier rue de Charenton. L’établissement prend rapidement de l’importance, et emploie plusieurs compagnons et ouvriers.

Contrairement à certains de ses confrères qui privilégiaient la production de luxe exclusivement tournée vers les grands aristocrates, Migeon développe un atelier polyvalent, capable de fournir une clientèle bourgeoise, aristocratique, mais aussi royale. Parmi ses clients les plus illustres figure la le duc d’Orléans, la duchesse de Rohan, la duchesse d’Epernon, le maréchal de Noailles mais aussi plusieurs évêques et ambassadeurs, marquise de Pompadour, favorite de Louis XV, grande mécène des arts et protectrice des meilleurs artisans. La relation privilégiée qu’il entretient avec elle témoigne de la réputation de son travail et de son intégration dans les cercles du pouvoir.

Si la profession de Migeon est celle d’ébéniste, il exerce aussi en qualité de marchand. Il collabore alors avec de nombreux ébénistes – parmi les plus renommés de son époque – comme Bircklé, Canabas, Criaerd, Jacques Dubois, Lacroix, Saunier ou encore Topino.

L’activité de Migeon est attestée durant près de trente ans, de son accession à la maîtrise en 1729 à sa mort en 1758. Son atelier prospère dans une période charnière : le passage du style Régence (formes sobres, transition vers plus de légèreté) au style Louis XV (lignes galbées, ornementation rocaille).

Ses meubles se distinguent par :

  • un usage fréquent de la marqueterie géométrique en placages de bois exotiques (notamment le bois de violette, l’amarante, le bois de rose) ;
  • une ornementation en bronzes dorés, élégante mais mesurée ;
  • des proportions équilibrées, marquant une volonté de raffinement sans exubérance.

Après sa mort en 1758, son fils, Pierre V, reprend l’atelier et perpétue la tradition familiale jusque dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle

Bibliographie

  • Sophie Mouquin — Pierre IV Migeon, 1696-1758 : au cœur d’une dynastie d’ébénistes parisiens. Paris : Les Éditions de l’Amateur, 2001.

Pierre Kjellberg — Le mobilier français du XVIIIe siècle : dictionnaire des ébénistes et des menuisiers. Paris : Éditions de l’Amateur, 1989.

Constat d’état

À son arrivée à l’atelier, nous avons immédiatement constaté que ce secrétaire avait subi de multiples restaurations, notamment un ponçage excessif.  Un nombre considérable de perces était visible, et le placage présentait une texture plus proche du papier que d’une feuille de placage. De plus, les panneaux des vantaux et de l’abattant étaient fendus sur toute leur longueur.  Fort heureusement, les côtés conservaient une bonne intégrité structurelle.  Bien que quelques manques de placage aient été observés, ils n’étaient pas aussi préoccupants que les perces.  Par ailleurs, la colle était fortement déshydratée, et de nombreux décollements de placage étaient visibles. 

La restauration

Ce meuble, bien que de dimensions modestes, a nécessité un investissement considérable en temps et en expertise.  De nombreuses heures ont été consacrées à la réduction, au recollage et à la stabilisation de l’ensemble des placages.  L’opération a débuté par le retrait du cuir et des placages de contreparement des portes, afin de stabiliser et de maintenir les fentes.  Une fois cette étape réalisée, les surfaces plaquées ont été recollées et réhydratées par infiltration sous vide.  Les perces ont ensuite été comblées à l’aide de feuilles de placage raclé, poncé, oxydé puis désépaissi mécaniquement jusqu’à obtenir une épaisseur extrêmement fine, comparable à celle d’un copeau de bois, afin de garantir un collage optimal avec un minimum de désafleur.  Ce dernier sera compensé par l’épaisseur du vernis appliqué. 

L’ensemble a ensuite été rempli à la ponce, permettant de boucher les multiples micro-trous. Un vernis à la gomme laque a été appliqué en de multiples couches afin de compenser les différences d’épaisseur de nos placages. Bien entendu, de nombreuses réintégrations chromatiques ont été effectuées entre les couches de vernis. Les bronzes, quant à eux, ont été confiés à un bronzier pour une restauration complète. Ce secrétaire a enfin retrouvé sa place d’origine, près de la cheminée en brèche d’Alep.

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