Table de changeur

Ebénisterie Mathieu Vath

Restauration d’une table de changeur en noyer massif et placage de noyer et érable sycomore du XVIIeme siècle. Cette table est originaire d’Allemagne comme nous l’indique le texte marqueté sur son plateau. « Trink und iss Gott nit wergiss » qui se traduit par « Buvez et mangez, n’oubliez pas Dieu ». Elle est composée de deux tiroirs, d’un plateau et d’une allonge coulissante, les pieds sont réunis par une entretoise en X.

Ebénisterie Mathieu Vath
Avant restauration

Qu’est-ce qu’une table de changeur?

C’est à partir du XIIIe siècle suite à l’expansion du commerce qu’apparaît le métier de changeur. Afin de conserver en sécurité l’argent qu’il échange et monnaie auprès de ses clients, un meuble entièrement dévolu à ce métier est créé. La table de changeur sert, de lieu en lieu, au change de la monnaie. On y trouve ces tables dans toute l’Europe ainsi toujours à proximité des centres urbains et des grands lieux d’échanges marchands.

Les changeurs  avaient un rôle important vu la grande diversité de monnaies en circulation. La plupart se mettaient à proximité des portes de la ville, dans un endroit bien en vue, de telle sorte que les commerçants étrangers et autres voyageurs puissent d’abord passer chez eux pour échanger leur argent contre la monnaie locale. Avec le temps les changeurs établissent boutique dans un endroit déterminé, à Paris c’est sur le Grand Pont, appelé par la suite le pont au Change. A l’instar des banquiers aujourd’hui, leurs revenus se présentaient sous forme de commissions sur les sommes échangées.

Au XIIIe siècle, le mobilier de la boutique est très simple. Il se compose simplement d’une table couverte d’un tapis, d’un banc, de balances et de livres de comptes. Ce matériel suffit à toutes leurs opérations qu’il s’agisse de l’échange de devises comme du rachat de monnaies n’ayant plus de valeur.

Tout en étant son propre maître, le changeur n’en avait pas moins une fonction publique, raison pour laquelle il était étroitement surveillé par les autorités. Il remplissait deux tâches principales: en tant qu’indépendant, son activité consistait en l’échange des différentes sortes de monnaies; en tant que fonctionnaire public, il avait pour mission de retirer de la circulation les fausses pièces et les monnaies rognées qui avaient perdu de leur valeur. Seuls les changeurs pouvaient acheter des pièces de monnaies de moindre valeur et les revendre aux orfèvres ou aux maîtres des monnaies. Pour toutes ces raisons, le métier de changeur pouvait être très lucratif, mais c’est pour cela également qu’il devait répondre à de très strictes exigences.

Malgré le fait que ces changeurs étaient mandatés et surveillés par le souverain, des abus pouvaient survenir: en effet, certains changeurs tiraient profit de leurs connaissances en la matière, et exploitaient l’ignorance de leurs clients. Ils étaient donc tenus de peser et échanger les pièces qu’on leur remettait sous le regard de leurs clients à qui ils devaient en outre soumettre les ordonnances monétaires les plus récentes.

De plus, ils devaient se munir d’un livre illustré qui mentionnait la valeur une monnaie autorisée propre et étrangère ainsi que les monnaies non autorisées, celles-ci ne pouvant être considérées par le changeur que comme du vil métal. Le changeur coupait lui-même en morceaux, en présence du client vendeur, les monnaies de moindre valeur qu’il avait achetée. Il va sans dire que le changeur ne pouvait utiliser que des poids et balances dûment étalonnées et homologuées.

Au XVe siècle, le métier de banquier apparaît avec l’invention majeure de la lettre de créance permettant aux commerçants d’échanger sans argent liquide.

Constat d’état

Le plateau était décollé en son milieu et avait déjà été comblé par une greffe de noyer. Les marqueteries se décollaient légèrement, cela était à peine visible car le placage est très épais. Les pieds ainsi que les traverses étaient vermoulus et cassés à certains endroits. Il y avait une grosse tache due à de l’humidité sur le plateau.

Le travail de restauration a donc consisté à recoller le plateau et à combler le léger manque de matière par une fine bande de noyer massif. Les placages ont été recollé par infiltration de colle sous vide. Les parties vermoulues ont été consolidées et recollées.

L’ensemble du meuble a été nettoyé afin de retirer l’excédent de cire et un poli Roubo a été appliqué. (merci aux élèves de l’AFPA de Chartres pour cet exercice physique de polissage du plateau).

Ebénisterie Mathieu Vath
Après restauration

Pour voir les restaurations sur précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/

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