Voici une commode très sobre de l’est de la France, datant sans doute de la fin du XVIIIe siècle. Sa façade est légèrement galbée et ses montants sont à pans coupés. Les bronzes ne sont probablement pas d’origine. Le bâti est en conifère massif, les montants en chêne. Les fonds de tiroirs sont montés en feuillure et coulissent sur les fonds de propreté, ce qui est typique d’un travail provincial. Petite particularité : la commode n’a pas de panneau de dessus, le marbre repose directement sur le bâti. Au niveau du placage on trouve du prunier et du palissandre de Rio. Les filets, eux, sont en charme et en chêne lacustre.
Le chêne Lacustre ou “chêne des marais” provient de chênes fossilisés qui sont restés immergés pendant des siècles dans des tourbières après avoir été arrachés par des tempêtes ou inondations. Sa couleur foncée est due à son immersion prolongée dans l’eau férugineuse des tourbières.
La structure avait été recollée à la colle vinylique. Pas de souci pour la solidité des collages, donc. Mais s’il faut un jour démonter cette commode, attention aux dégâts. Dommage.











La restauration : j’ai d’abord ajusté les points de tension qui risquaient de provoquer de nouveaux décollements, dus au retrait des panneaux. J’ai ensuite recollé les panneaux de côté et alésé les fonds de tiroirs. J’ai réhydraté les colles par infiltration, sous vide pour les tiroirs. J’ai recollé le placage des pans coupés à la colle chaude. J’ai enfin posé des greffes de palissandre et de prunier, raclées, poncées, oxydées et mises à la bonne épaisseur, puis collées à la colle chaude.
J’ai ensuite décapé la commode avec un décapant écologique, au pH neutre et sans eau. Enfin, j’ai réalisé un rempli ciré traditionnel au tampon, pour reproduire la finition très probablement appliquée à l’époque. J’ai désencrassé les bronzes et je les ai nettoyés au bois de Panama.











Pour voir les restaurations précédentes : https://ebenisterie-mathieuvath.fr/en-ce-moment-a-latelier/

