Le premier projet de l’année a consisté en la stabilisation, la consolidation, la restitution, la conservation de la finition et l’harmonisation des éléments. L’objectif principal était de préserver au mieux l’histoire et l’identité du projet sans procéder à aucun démontage.
Un chef-d’œuvre de l’horlogerie parisienne du Grand Siècle

Cette remarquable pendule dite en tête de poupée est emblématique de la production horlogère parisienne de la fin du XVIIᵉ siècle, au cœur du règne de Louis XIV. Sa forme architecturée, dominée par un corps circulaire flanqué de ressauts latéraux et surmonté d’un riche couronnement de bronzes dorés, répond à une typologie apparue vers 1670–1680 et réservée aux commandes les plus prestigieuses.
Le boîtier est exécuté en marqueterie dite « Boulle », associant écaille rouge, laiton gravé et étain, déployant un décor de rinceaux, feuillages et arabesques d’une grande virtuosité. Cette technique, alors au sommet de son raffinement, était étroitement liée aux ateliers travaillant pour la Cour et pour les grands amateurs parisiens.
Le cadran, en laiton argenté et doré, à chiffres romains, est centré d’un décor gravé rayonnant. Les aiguilles ajourées, élégantes et équilibrées, sont caractéristiques des productions de grande qualité de la période. L’ensemble témoigne d’une parfaite collaboration entre horloger, ébéniste et bronzier.

Balthazar Martinot (1636–1714)
Horloger du Roi et maître du temps
Balthazar Martinot voit le jour à Paris en 1636, période marquée par l’émergence d’une mesure du temps plus rigoureuse. Si la ville conserve encore des traces du Moyen Âge, une modernité caractérisée par l’ordre, la symétrie et la rationalité s’impose progressivement. Au sein de la famille Martinot, horlogers établis depuis plusieurs générations, le temps transcende la simple notion d’abstraction ou d’outil utilitaire : il constitue une véritable vocation. Valentin Martinot, le père de Balthazar, inculque à ses fils un savoir exigeant, reposant sur la patience, l’écoute attentive et la précision du geste.

L’atelier familial constitue un environnement clos et protégé. Les journées s’y déroulent dans une cadence répétitive, quasi monastique : limage, ajustement, démontage, et recommencement. Balthazar acquiert très tôt la compréhension que l’esthétique d’une horloge ne réside pas dans sa fonction affichée, mais dans les mécanismes qu’elle dissimule. Le fonctionnement précis d’un mouvement horloger est un souffle discret, perceptible uniquement à l’oreille avertie.
Au fur et à mesure que Balthazar Martinot perfectionne son art horloger, la ville de Paris subit une transformation significative. Sous le règne de Louis XIV, la mesure du temps devient un enjeu politique majeur. À Versailles, chaque heure dicte les actions du Roi, de ses ministres et de la Cour. Le temps n’est plus simplement comptabilisé, il est méticuleusement orchestré. C’est dans ce contexte que Balthazar Martinot est nommé Horloger ordinaire du Roi, une distinction qui témoigne non seulement de son talent exceptionnel, mais également de sa fiabilité irréprochable.
Martinot n’est pas un homme attaché à l’ostentation. Il laisse volontiers aux ébénistes et aux bronziers le soin de séduire le regard. Son attention se porte plutôt sur la durabilité. Ses créations sont conçues pour résister aux années, aux variations climatiques et aux usages répétés. Il privilégie la régularité à l’ingéniosité spectaculaire, la constance à l’innovation risquée. Dans une époque avide de grandeur, il opte pour la rigueur. Ces objets ne se contentent pas de mesurer le temps, ils le mettent en scène. La pendule devient un symbole d’ordre, de permanence et de maîtrise. Elle affirme que le monde, s’il n’est pas immobile, peut être réglé avec précision. Martinot adhère pleinement à cette vision. Ses œuvres ne cherchent pas à impressionner par leur complexité, mais à rassurer par leur stabilité et leur fiabilité.


À la fin de son existence, le monde auquel il a consacré sa vie commence à se dissiper. Le règne majestueux touche à son terme, emportant avec lui l’esthétique monumentale du style Louis XIV. Balthazar Martinot décède en 1714, à l’aube des transformations stylistiques de la Régence, presque simultanément à la disparition du Roi-Soleil. Son époque s’achève avec lui.
Il ne laisse ni mémoires ni traités. Son héritage réside ailleurs : dans ces pendules qui continuent de battre, siècle après siècle, indifférents aux changements de goût et aux bouleversements de l’histoire. Elles témoignent d’une époque où la science, l’art et le pouvoir progressaient de concert, et où l’horloger, discret mais indispensable, offrait au monde sa mesure. Dans le silence régulier de leurs battements, on perçoit encore aujourd’hui l’exigence de Balthazar Martinot : celle d’un homme qui savait que le temps, pour être maîtrisé, devait d’abord être respecté.

Bibliographie
- Tardy, Dictionnaire des Horlogers Français — Paris, 1971
- Augarde, Jean-Dominique, Les Ouvriers du Temps — Anticorum, Genève, 1996
- Loomes, Watchmakers and Clockmakers of the World — N.A.G. Press, London, 2006
- Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, tome 10 (1894-1896) — p. 425

