Commode retour d’Egypte

Ebénisterie Mathieu VATH

Durant la période très mouvementée de la révolution française, la production de mobilier fut considérablement amoindrie et la plupart des artisans vécurent des périodes très difficiles. Dans l’ensemble, du Consulat au Directoire, les meubles et les sièges n’ont guère eu le temps d’évoluer. Toutefois, même si certains motifs décoratifs d’inspiration Egyptienne avaient déjà fait leur apparition, c’est à partir de l’expédition d’Egypte (1798-1801) qu’ils évoluèrent vers un style unique. Le style dit « Retour d’Egypte » durera cependant que peu de temps : une dizaine d’années tout au plus car il sera vite remplacé par le style « Empire » imposé par Napoléon. On retrouve sur cette commode tous les signes de ce style : elle est plaquée d’acajou et a un bâti en chêne, les cariatides en gaine sont coiffées d’un klaft, les poignées sont en forme de tête de lion, les entrées de serrure comportent des palmettes et les pieds sont en forme de patte de lion. A première vue, cette commode est en bon état esthétique, mais en réalité plusieurs défauts structurels vont conduire à une future dégradation de l’aspect extérieur. C’est donc pour cela que son propriétaire a eu la clairvoyance de me la confier. En effet, ce n’est pas parce que le meuble n’a pas l’air dégradé qu’il ne l’est pas. A partir des photos suivantes je vais vous monter quels sont les défauts et les futurs problèmes qu’ils peuvent entrainer. Les panneaux ont rétréci ou fendu, les assemblages sont décollés et donc ne jouent plus leur rôle, ce qui va causer un gauchissement de l’ensemble des pièces du meuble et donc nuire à son bon fonctionnement. Idem pour les fonds de tiroirs, ils n’assurent plus l’équerrage des tiroirs. Les coulisses et les coulisseaux sont usés par le temps et donc les tiroirs fonctionnent mal et sont abimés. Ils risquent ainsi de causer l’arrachage du placage de façade. Pour remédier à ces problèmes, j’ai donc démonté la commode par l’arrière, rechargé les coulisses et les coulisseaux ainsi que les tiroirs. J’ai recollé les panneaux de dessus et de dessous ainsi que l’arrière. Puis, j’ai recollé les assemblages structurels du meuble pour lui redonner sa solidité d’origine. Tout cela sans dégrader l’état de surface. Ensuite, j’ai simplement effectué un léger nettoyage du vernis et des bronzes.

Secrétaire estampillé Martin Ohneberg

Ebénisterie Mathieu VATH

Cette semaine se termine la restauration d’un secrétaire d’époque Louis XVI. Martin Ohneberg ( Maître en 1773 ), l’ébéniste qui à réalisé ce meuble était un excellent marqueteur et employait un bois de rose de très grande qualité. Il a réalisé de nombreux meubles aux lignes très simples mais admirablement marquetés, dont une variété infinie de secrétaires à abattant. En ce qui concerne celui-ci, il est plaqué de bois de rose et d’amarante ainsi que d’une marqueterie en mosaïque de fleurons d’érables sur fond de satiné rouge. Les rubans d’encadrement sont en érable gravé et les filets verts en charme teinté. La structure est en chêne, hêtre et sapin pour les panneaux. Au sujet de la restauration, les principaux problèmes sont les suivants : les panneaux en sapin se sont rétractés et les assemblages se sont décollés. Pour la marqueterie, la colle se trouve fortement déshydratée et il y a des « cloches » sur l’ensemble des mosaïques. La mécanique de l’abattant a pris du jeu et ne remplit plus son rôle. La restauration a donc consisté à recoller et rétablir la structure du meuble, puis une fois cette opération faite, à combler les manques de placage et à recoller par infiltration l’ensemble des placages du meuble. On peut voir sur les deux photos suivantes l’avant et l’après du recollage par infiltration de colle. Après avoir terminé les recollages, le meuble a été décapé avec un décapant écologique et adapté à la restauration de mobilier. Puis, il a été rempli à la ponce, les greffes ont été oxydées et il a été vernis au tampon. Les bronzes ont été nettoyés et reposés. Les serrures ont été révisées et remises en fonction et un cuir neuf a été posé.

Table bureau Louis XIII

Ebénisterie Mathieu VATH

Retour sur la restauration d’une table Louis XIII du XVIIe siècle. Elle est en bois de noyer massif et plaquée de noyer, ébène, ivoire et buis. C’est une table qui à longtemps séjourné dans un grenier, et malheureusement le plateau en a fortement pâti. Il y avait beaucoup de manques de placages. La restauration a donc débuté en enlevant le peu de placage restant. C’était très facile il ne tenait plus du tout. Il m’a juste fallu le soulever avec un lame fine et il venait tout seul. Après avoir déposé le placage j’ai recollé le plateau, en rapportant de la matière là où le panneau de bois avait rétréci pour ne pas perdre de largeur afin que la marqueterie retrouve sa place exacte. Puis j’ai reconstitué la marqueterie, sur la base des éléments déjà existants. Le placage étant de forte épaisseur (4 mm), il a été réalisé « maison ». Même pour les filets de buis. La marqueterie ainsi reconstituée a ensuite été collée à la colle chaude. Puis légèrement égrainée. Le restant du meuble a été recollé et traité par anoxie contre les xylophages. La finition est un rempli ciré.

La commode de l’ingratitude

Ebénisterie Mathieu VATH

Cette année, lors des journées du patrimoine il était possible pour la deuxième année consécutive, d’avoir l’opportunité de visiter une partie des réserves, et les ateliers de restauration du mobilier national. Pour cette édition 2019 était exposé la commode de « l’ingratitude ». Cette commode a une histoire bien particulière : Commandée pour la couronne, elle fut livrée le 13 juillet 1789, veille de la prise de la Bastille. Son créateur, l’ébéniste Pierre François GUIGNARD ; reçu maître le 21janvier 1767; qui, après s’être fait payer par le garde meuble le 13 juillet, prit une part active à la Révolution et qui, s’est plus particulièrement ilustré lors de la Prise de la Bastille. Revers de la médaille il se verra passer à l’échafaud après la chute de Robespierre. Cette commade peut-être considérée comme le chef d’oeuvre de GUIGNARD. De style Louis XVI, elle est ornée de laque de Chine à décors de paysages et d’oiseaux, aux colonnes d’angles en faisceux de licteur ( symbole révolutionnaire et précurseur de la République), les pieds sont en cannelures de cuivre et les frises de draperies sont en bronze. Mais cette commode porte sa mauvaise réputation et à part pour quelques expositions, elle n’a jamais quité le Mobilier National. Image – Mobilier National Bibliographie – Le mobilier françaisdu XVIIIe siècle par Pierre KJELLBERG

Guéridon avec marqueterie de cubes

Ebénisterie Mathieu VATH

Cette semaine, j’ai restauré un joli guéridon de fabrication régionale en frêne massif pour le piétement et en marqueterie d’érable, noyer et prunier pour les cubes sans fond. Rien de bien méchant pour la restauration. Recollage des éléments de marqueterie qui se décollent, décapage et vernis au tampon. Une nouvelle recette très intéressante que je développerai dans un prochain article. Recette de 1861 par Dessaignes.

Cabinet Louis XIII

Ebénisterie Mathieu VATH

Retour sur une ancienne restauration passionnante (en tout cas pour moi). Tellement passionnante que j’en ai oublié de prendre des photos en début de restauration ! Ce cabinet est d’époque XVIIe siècle, il est composé de deux tiroirs en corniche, de deux ventaux pour la partie supérieure. Le piétement se compose de deux tiroirs en ceinture supporté par huit pieds tournés et d’un plateau reposant sur des pieds boule. A l’intérieur se trouve douze tiroirs et deux vantaux masquant un théâtre intérieur et onze autres tiroirs. Les pieds ainsi que les moulures sont en poirier massif, le reste du bâtis se compose de sapin et est plaqué de poirier noirci. A l’intérieur du théâtre on trouve un damier plaqué d’érable et d’ébène, et des fraisages en bois de violette et de satiné. Sur la scène peinte à l’huile on trouve un gentilhomme faisant la cour à une gente-dame, le tout surplombé par deux amours. Les gravures centrales des portes représentent deux scènes champêtre représentant un cueilleur et son chien et une bergère et ses moutons. Les cabinets ont fait leur apparition au XVII siècle, tout d’abord comme coffre portatif, puis on les a postés sur des piétements dans des pièces appelées cabinet de curiosités. D’où leurs nombreux tiroirs pour y conserver les différentes « curiosités de l’époque ». C’est d’ailleurs ce type de meuble qui donne son nom à l’ébéniste. Car le menuisier réalisait le bâtis du cabinet et le « menuisier en ébène » le plaquait d’ébène qui le sciait en feuille de quelques millimètre, car ce bois coûtait très cher et il fallait en rentabiliser au maximum l’achat. Pour ce qui est de sa provenance elle est difficile à établir. Il est principalement composé de poirier noirci et non pas d’ébène, ce qui me fait penser que c’était une commande de moindre qualité. Et il est entièrement dépourvu de sculpture, mais gravé. Ce qui là aussi réduit considérablement le coût de la réalisation d’un tel meuble. Pour ce qui est de sa restauration ce meuble était grandement mangé par les xylophages, il a donc été placé dans une poche hermétique puis traité par anoxie. Ensuite, il a fallu le renforcer et recoller le placage qui se désolidarisait par injection de colle sous vide. Ce qui a permis par la même occasion de redresser les portes. Pour les manques de massif et de placage j’ai utilisé du poirier collé à la colle chaude. Ensuite je l’ai nettoyé à sec avec un Gex végétal ce qui m’a permis de retirer la couche de finition cirée. C’est lors de ce nettoyage que j’ai pu constater que le poirier avait perdu sa teinte noire et que les gravures étaient encrassées de cire. J’ai donc nettoyé toutes les gravures à l’aide d’une pointe à tracer à bout arrondi. Une fois la restauration entièrement terminée j’ai appliqué une teinte à l’eau noire sur l’ensemble du meuble. Ensuite, j’ai appliqué une couche de cire micro cristalline légèrement teintée noire. Pour l’intérieur du théâtre il a été choisi de le vernir au tampon pour lui donner un aspect plus « spectaculaire ».

Table Majorelle

Ebénisterie Mathieu VATH

Voici une table dans le pur style Art Déco. Elle est plaquée d’ébène de Macassar et les pieds sont en acajou. La création de cette table doit probablement se trouver aux alentours des années 20. En effet, Louis Majorelle est surtout connu pour être un des grand ébéniste du style Art Nouveau, mais on oublie trop souvent qu’il fut l’un des précurseurs du style Art Déco, cette table en étant un parfait exemple. En terme de restauration c’est comme toujours le placage qui demande le plus de travail, il y a des manques, il se décolle, etc… Mais le plus difficile sur cette table se trouve être le vernis. Car il s’agit d’un vernis polyuréthane très épais, donc très compliqué et difficile à décaper. Celui-ci a blanchi et comme le placage est décollé il est fendu de partout. Mais avec de la patience et beaucoup d’huile de coude on arrive toujours à ses fins. La table a été re-vernis avec un vernis mat à l’eau entièrement réversible et écologique.

Commode transition dans le goût de Topino

Ebénisterie Mathieu VATH

Il y a un mois, est arrivée une jolie commode transition, qui me fait penser au travail de l’ébéniste Charles TOPINO (vers 1742-1803) – maîtrise obtenue le 4 juillet 1773. Mais cette commode ne porte pas son estampille, ni aucune estampille d’ailleurs. Ce qui confirme bien, qu’il n’y a pas besoin d’estampille pour avoir en face de soit un meuble de grande qualité. De plus, les marqueteries pourraient très bien provenir de l’atelier de Topino, car celui-ci vendait des panneaux de ses marqueterie au marchand merciers et à ses confrères pour qu’il en habille leurs meubles. Donc on peut supposer que cette commode est un meuble inspiré de l’ébéniste, une création contemporaine sans aucun rapport avec l’atelier de Topino, où bien une commode plaquée de ses marqueteries mais réalisée par un autre ébéniste côtoyant Topino. Tout est possible… Pour ce qui est des marqueteries et des bois employés, on retrouve du bois de rose pour les pieds et encadrements, avec un intérieur de pied plaqué en satiné. Les fonds de marqueteries sont en érable teint « tabac » et les marqueteries sont composées d’érable naturel, d’érable teint en vert et en bleu, de charme teint en vert et de buis. On peut voir que certaines fleurs devaient être teintées en bleu. Mais à cause de restaurations successives et de cette fâcheuse tendance à poncer les meubles, le placage a perdu sa couleur. Car les ébénistes teintaient eux même les placages, et comme ils utilisaient du bois d’une épaisseur d’environ 2 à 4 mm, la teinte ne pénétrait pas toujours à coeur dans le bois. Ce qui fait que lorsqu’on ponce un bois teinté, on enlève sa couleur. Au niveau de la restauration, je constate que ce meuble a déjà été restauré précédemment. Pour ce qui est de la structure et de la boiserie, plusieurs éléments dont l’arrière ont été changés mais le travail a été bien fait, et il est en bon état. Par contre, les panneaux de côté commencent à se fendre, car les éléments de sapin qui le composent et qui étaient collés à plat-joint ont rétréci. Il faudra donc démonter en partie la commode pour remédier à ces défauts. Le plus gros du travail se trouve sur la marqueterie et les perces. Il y a peu de manques, mais du fait que cette commode a été exagérément poncée, le placage se trouve à certains endroits aussi épais qu’une feuille de papier à cigarette. La commode a ensuite été décapée et nettoyée, remplie à la ponce, les greffes ont été oxydées, puis vernis au tampon incolore.

Bureau dos d’âne Louis XV estampillé HEDOUIN (Restauration terminée)

Ebénisterie Mathieu VATH

Vous vous souvenez de ce bureau dos d’âne? Et bien il est terminé. On peut dire que cela n’a pas été une mince affaire, mais maintenant il a retrouvé son lustre d’antan. Il ne reste que les entrées de serrure des tiroirs et le cuir à poser, avant de retrouver son propriétaire. Une grande partie des pieds a été refaite en bois de violette scié. Celui-ci a été mis à la bonne épaisseur, raclé et poncé, puis oxydé avant d’être collé, afin de ne pas poncer le meuble en entier et le dégrader encore plus.

Bureau Napoléon III

Ebénisterie Mathieu VATH

Une restauration classique pour ce type de meuble. Les pieds sont légèrement abimés, le vernis a jauni et a terni. Quelques greffes de bois de rose, un nettoyage, décapage ainsi qu’un beau vernis tampon vont suffire à lui redonner une seconde jeunesse. Sans oublier, le nettoyage des bronzes.

Bureau dos d’âne Louis XV estampillé HEDOUIN

Ebénisterie Mathieu VATH

Grâce à son estampille il est possible de dater ce bureau dos d’âne, ou bureau à pente entre 1738 et 1783. La vie de Jean-Baptiste Hedouin est assez méconnue. Aprés avoir été reçu à sa maîtrise, il installa son atelier rue Traversière-Saint-Antoine. Tous les meubles qu’il produisit étaient de belle qualité. Ses meubles, principalement de style Régence et Louis XV, presque tous revêtus de placage en feuilles ou en quadrillages, étaient variés : armoires, bureaux plats et en pente, bibliothèques… mais ce furent les commodes qui constituèrent la plus grande partie de sa production. La majorité d’entre elles adoptaient les formes ventrues et lourdes du style Régence. D’autres présentaient des lignes galbées, plus légères, le montant et le tablier soulignés par des bronzes dorés. On peut mentionner deux oeuvres, très éloignées du style habituel de Jean-Baptiste Hedouin. Il s’agit d’une paire d’encoignures à gradins, en laque de Chine et vernis européen polychrome, avec des encadrements de bronzes rocailles. Ayant trouvé, sur certains meubles, son estampille à côté de celle de son confrère Migeon, on suppose qu’Hedouin a travaillé également pour des marchands. Après une longue carrière, Jean-Baptiste Hedouin mourut chez lui, rue Traversiere-Saint-Antoine, en 1783. MUSÉES Encoignure marquetée en feuilles de placage de bois de violette,elle est ornée de bronzes ciselés et dorés. La traverse inférieure présente une forme mouvementée. Le dessus est en marbre mouluré. De forme semi-circulaire, ce meuble ouvre à deux portes et comporte deux tablettes à l’intérieur. Il est plaqué de feuilles coupées en triangles qui forment un losange autour des mascarons en bronzes dorés s’épanouissant au centre des portes. L’ornementation en bronze comporte également un cul-de-lampe, des chutes, des motifs d’angle… Les bronzes semblent avoir été redorés et peut-être même rapportés postérieurement… L’encoignure porte deux fois l’estampille de Hédouin. – N°MAD1542 – Musée des Arts Décoratifs – Lyon Petite commode Louis XV marquetée de fleurs, ornements de bronzes rocailles – Musée du Louvre BIBLIOGRAPHIE Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle – Pierre Kjellberg – Les Editions de l’Amateur – 2002 Les ébénistes du XVIIIe siècle – Comte François de Salverte – Les éditions d’Art et d’Histoire – 1934 Comme vous allez le voir ce bureau est en très mauvais état. Mais, outre les manques de placages, la question la plus dérangeante pour moi est, qu’une très grande partie du placage sur les pieds et la façade a déjà été restaurée, et remplacée par du palissandre tranché. Alors que ce meuble est plaqué en bois de violette. La différence me direz-vous? Et bien, elle est que, le palissandre est un bois beaucoup plus foncé que le bois de violette, même si c’est deux bois sont de la même famille, les Dalbergia. Et pour couronner le tout, ce placage a été collé à la colle caurite. Cette colle était une révolution à sa découverte mais son utilisation fut catastrophique en restauration. Car très souvent les ébénistes ne nettoyait pas l’ancienne colle et recollaient directement les placages sur celle ci. Ce qui donne le résultat suivant. Le placage se décolle car il n’a pas d’adhérence sur le bois. Donc la grande question est : faut il changer, garder ou conserver partiellement ce placage de palissandre? Une restauration c’est un questionnement, un choix puis une décision. Tout cela ne se fait pas tout seul bien sûr. Il s’agit d’une collaboration entre le client, moi et des collègues restaurateurs. Pour ce bureau, il a été choisi, dans le but de conserver une bonne « lecture » du meuble, de changer le placage de palissandre et de le le remplacer par du placage de bois de violette scié. Le placage scié étant supérieur en qualité car n’ayant pas subit les traitements thermiques du placage tranché. . Voici quelques photos du bureau à son arrivée.

Encoignure Louis XV, estampillée J.M CHEVALLIER

Ebénisterie Mathieu VATH

Voici une encoignure estampillée de Jean-Mathieu CHEVALLIER. Elle est en chêne massif et plaquée de bois de rose et de bois de violette avec un filet en buis. Jean-Mathieu Chevallier était déjà installé rue de Grenelle sous l’enseigne à « la Croix Chevallier » lorsqu’il il obtint ses lettres de maîtrise en 1743. Il donna dans la suite une grande extension à son commerce, eut des relations d’affaires avec André-Charles Boulle, un des fils du célèbre ébéniste, et concourut à meubler l’hôtel du duc de Talmont, ainsi que le château de Villegénis acheté en 1744 par Louis-Anne de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Sens. Très vite, il acquiert une bonne réputation et fabrique du mobilier pour les différentes maisons de la haute société parisienne. On connaît de cet ébéniste de nombreux gros meubles : commodes, secrétaires, armoires dessinés avec élégance, de forme classique et bien proportionnés, tous dans le style Louis XV. L’ensemble de sa production est ornée, toujours avec soin, de marquetteries à fleurs, dont les tiges sont très souvent attachées avec un ruban ou de dessins géométriques. Les bronzes rocailles sont utilisés avec sobriété. Son atelier disparaîtra avec lui en 1768, mais son magasin de meubles sera repris par sa femme qui le conservera pendant huit ans jusqu’à sa mort. BIBLIOGRAPHIE Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle – Pierre Kjellberg – Les Editions de l’Amateur – 2008 Les ébénistes du XVIIIe siècle – Comte François de Salverte – Les éditions d’Art et d’Histoire – 1934 Le cahier des charges sur cette encoignure consiste à recoller et réhydrater les anciennes colles, à changer les mauvaise greffes puis à décaper, nettoyer, oxyder et effectuer un vernis au tampon. Comme à chaque restauration, je commence par travailler sur « l’âme » : la structure du meuble. Je recolle les assemblages, je ressers les panneaux si possible ou bien je rajoute de la matière comme des alaises ou des flipots par exemple. Ensuite une fois la structure renforcée et solidifiée, j’attaque la restauration du placage. Voilà pour cette semaine.

Jardinière Napoléon III et chiffonnier Louis XVI

Ebénisterie Mathieu VATH

Cette semaine deux meubles ont quitté l’atelier. Une jardinière Napoléon III en placage de bois de rose et un chiffonnier Louis XVI en placage de bois de rose et bois de violette. Si ce meuble avait eu sept tiroirs il se serait appelé semainier. Voici quelques photos de leur restauration.

Commode Mazarine

Ebénisterie Mathieu VATH

Cette semaine, retour sur la restauration d’une commode d’époque Louis XIV, une commode dite Mazarine. Mais d’ou vient ce nom de « Mazarine » ? Et bien il semblerait qu’un exemplaire ai été fabriqué la première fois pour la fameuse bibliothèque Mazarine, tout simplement. D’ailleurs, l’illustre créateur de la commode, n’est autre que, André Charles Boulle, lui même. Pour la chambre de Louis XIV à Trianon, il révolutionne en 1708 une forme de meuble : la commode, qui tient son nom du côté « pratique » comparé aux coffres qui étaient largement employés à l’époque. Aujourd’hui présentées à Versailles, les deux commodes du roi résument à merveille l’art de Boulle : originalité du meuble dans son principe et sa forme, marqueterie de cuivre et d’écaille, abondance des bronzes. Elles sont, de surcroît, les rares meubles identifiés de son immense production. Mais retournons à notre commode. Celle ci doit probablement dater du milieu XVIIIe siècle. Le corps est en conifère assemblé à queues d’arondes, et elle est plaquée d’olivier, de poirier noirci, d’épine vinette, de buis et d’érable sycomore. Les entrées de serrures et les sabots en pied de biche sont dorés au mercure. Sur cette commode, il n’a pas beaucoup de travail sur le placage ni sur la boiserie. Elle a sûrement dû être restaurée il y a déjà quelques années. Mais c’est en décapant la grosse épaisseur de vernis cellulosique qui avait blanchi avec le temps que les dégâts sont apparus. On peut très bien voir sur cette photo toutes les perces ,dû à un ponçage excessif, dans le poirier noirci. Mais pourquoi ces perces se trouvent elles uniquement dans le poirier noirci? Et bien il faut savoir que cette commode a été plaquée au marteau. A cette époque l’ ébéniste a commencé par plaquer le fond en poirier noirci, puis le frisage en olivier. Et c’est après, qu’il a incrusté les motifs de marqueterie, prédécoupés à la scie à chantourner, avec un couteau à marqueterie. Et ensuite il a raclé, poncé à la peau de chien de mer et à la lime douce, pour enfin polir le meuble. Donc, le fond en poirier noirci se retrouve légèrement en sous épaisseur, et lors du ponçage du meuble lors des précédentes restaurations la catastrophe est arrivée. Ce qui nous permet de très bien voir les traces de rabot à dents qui sont très larges. Cela nous donne un bon indice sur l’époque de conception de ce meuble. Donc, la restauration a consisté à redonner de la lisibilité à la marqueterie en reconstituant les quelques manques qui ont disparu à cause de la perce. Et pour ne pas engendrer plus de dégradations, il a été choisi de simplement retinter le poirier noirci avec une teinte à l’eau. De plus un des deux personnages, sur la marqueterie centrale du plateau avait quasiment entièrement disparu. Il a donc été décidé de le reproduire entièrement sur la base des éléments que l’on pouvait encore observer.

Cartel Boulle d’Alexandre Morell – Fin

Ebénisterie Mathieu VATH

Au bout de quelques heures de découpe, de collage, de recollages et de nettoyage des surfaces, on arrive enfin à l’étape de finition. Pour ce cartel, il a été choisi de le vernir au tampon car c’est une finition qui met en valeur la marqueterie, qui la protège et qui est facilement réversible (comme toutes mes interventions). J’utilise toujours un vernis gomme laque transparent, que ce soit sur le bois ou d’autres matières. Les étapes du vernis sont difficiles à expliquer, il n’y a que, des heures et des heures de travail qui peuvent permettre d’acquérir tous les secrets de cette technique de vernissage traditionnelle. Une fois verni, il ne reste plus qu’a remonter les bronzes qui ont été nettoyés au bois de panama. Chaque bronze retrouve sa place et donne tout l’éclat à ce cartel qui va pouvoir retrouver son propriétaire.

Cartel Boulle d’Alexandre Morell – La marqueterie

Ebénisterie Mathieu VATH

Après avoir recollé la structure, déposé le laiton, nettoyé les restants de colle animale et retiré les résidus de glue et colle Néoprène, arrive l’étape de découpe des nouvelles pièces de laiton et d’écaille de tortue pour combler les manques. Donc, comme d’habitude je prends l’empreinte de la pièce manquante. Puis je colle ce morceau de papier sur une plaque de laiton, elle même collée à la colle de poisson sur un morceau de contre-plaqué de 4 mm. Ainsi, la plaque de laiton est plus facile à découper. Pour récupérer la pièce de laiton c’est simple, il suffit de plonger la pièce découpée dans de l’eau bouillante ce qui fait fondre la colle de poisson et le laiton se décolle tout seul. Ensuite, je vérifie et j’ajuste parfaitement chaque pièce dans son emplacement. Arrive l’étape du collage. Sur ce cartel, j’ai utilisé deux méthodes de collage pour les parties galbées. Pour les côtés du cartel, j’ai utilisé des sacs de sable avec de la colle de poisson. Et pour le cul de lampe j’ai utilisé la technique du sous-vide. Pour cela, j’ai placé un sac de sable à l’intérieur pour ne pas que la pression puisse faire exploser la structure. Puis j’ai placé le cul de lampe, encollé à la colle de poisson, dans une poche hermétique dans laquelle j’ai fait le vide d’air (environ -0,8 bar). J’ai légèrement réchauffé le placage, (sans atteindre le point de fusion des anciennes colles), afin d’optimiser le collage.

Cartel Boulle d’Alexandre Morell – Suite

Ebénisterie Mathieu VATH

Une fois les différents éléments de structure recollés, je m’attaque à la marqueterie d’écaille de tortue et de laiton. Comme vous allez vous en rendre compte, sur ce cartel elle est en très très très mauvais état, autant dire que rien ne tient. Il faut donc tout déposer pour ce qui est du laiton. L’écaille de tortue, elle, tient bien, elle n’est que décollée partiellement. La première étape de restauration de cette marqueterie consiste donc à retirer et déposer chaque élément de laiton. La seconde consiste à nettoyer l’ancienne colle, qui dans ce cas précis, est boursouflée et en plus, des éléments ont été recollés à la glue et à la colle Néoprène ce qui me donne encore plus de travail. Car si l’ancienne colle animale se nettoie très bien, les colles modernes demandent à être grattées et enlevées au ciseau. Ensuite, lorsque la colle à été nettoyée je peux faire un constat précis des manques afin de prendre leur empreinte pour les reproduire. Il peut m’arriver de ne prendre que l’empreinte du laiton, puis de le recoller. Ensuite, je prends l’empreinte des manques d’écaille et je les recolle. Mais si les manques sont trop importants je peux réaliser ces deux étapes en même temps. Cela reste du cas par cas. Comme vous pouvez le voir sur cette dernière photo, il reste encore beaucoup de travail. La suite la semaine prochaine…

Cartel Boulle d’Alexandre Morell

Ebénisterie Mathieu VATH

Voici mon premier client, patient,… enfin c’est comme vous voulez. C’est un cartel en marqueterie Boulle d’écaille de tortue brune, d’ébène et de laiton. Comme vous pouvez le voir sur les photos suivantes il n’est pas en très bon état. Il y a beaucoup de manques de laiton et le laiton restant se décolle de partout. A première vue il est toujours difficile de dater précisément un cartel Boulle : sur celui-ci il n’y a pas d’estampille. Par contre, il y a des vis en tire- bouchon (typique du 18e siècle). Peu de traces d’outils apparentes. J’avais l’intuition que ce cartel était une copie XIXe, plutôt qu’un original du siècle précédent. Car il faut savoir que beaucoup de meubles Boulle ont été réalisés sous Napoléon III. Mais heureusement il arrive parfois que l’on ai de bonne surprise!!! Pour commencer, je dépose les bronzes puis les stocke de façon à les remettre exactement à leur emplacement d’origine. Je conserve les pointes en laiton qui seront réutilisées. Puis je recolle la structure du cartel avant d’intervenir sur la marqueterie. Ensuite, je dépose les éléments de laiton en prenant soin de ne pas les mélanger, et je nettoie le support pour recoller proprement la marqueterie. Le panneau arrière était fendu. Il m’a donc fallu le démonter entièrement. Vérifier que le laiton se positionne correctement par rapport au retrait du bois. Car si le bois a rétréci, il n’en est pas de même pour le laiton. Mais une fois la colle nettoyée il s’est avéré qu’en resserrant le panneau, la fente joignait parfaitement et que la marqueterie épousait parfaitement son emplacement d’origine. Fin de cette première série sur la restauration du cartel D’Alexandre Morell.

Le ménage du menuisier

Dessin de Nicolas Bernard Lépicié que vous pouvez admirer au Musée des Beaux-Arts, Orléans. Sûrement un prochain projet de marqueterie. On peut y ressentir les conditions de vie, et de travail, des hommes qui ont créé et mis leur savoir-faire et une partie d’eux-mêmes dans ces quelques morceaux de bois. Ainsi, à leur manière, ils inscrivaient leur vie, leur histoire dans la grande Histoire. Là est l’essence même du métier de restaurateur. Le restaurateur de mobilier n’est qu’un passeur de mémoire. Il fait en sorte que l’âme du meuble soit conservée en intervenant le plus discrètement possible afin de faire perdurer et d’honorer le travail de ses prédécesseurs. Mais l’actualité nous rappelle qu’il n’y a pas que les hommes qui sont mortels. Et avec une charpente brulée, c’est le travail et le souvenir de charpentiers d’un autre temps qui disparait à jamais.

Armoire à outils – Fin

Ebénisterie Mathieu Vath

Et voilà, elle est terminée, et prête à être utilisée. Tous les outils sont bien à leur place. Il ne me reste plus qu’à trouver des bronzes pour les poignées et entrées de serrures. Pour la technique de finition, j’ai réalisé la même que celle qui était appliquée sur les meubles de cette époque. C’est à dire le poli. J’ai d’abord raclé la surface, puis j’ai poncé avec un papier de verre de grain 150. Ensuite, j’ai appliqué du tripoli de Venise mélangé à de l’huile d’olive avec un morceau de bois coupé en biseau et j’ai poncé à la prèle, une plante avec un fort taux de cilice. Une fois ces étapes réalisées j’ai appliqué un peu de cire d’abeille pure que j’ai fait pénétrer avec un faisceau de jonc. Une finition à remettre au goût du jour qui demande beaucoup d’huile de coude mais qui est cent pour cent naturelle et n’utilise aucun produit nocif. Pour un résultat pas trop clinquant, plutôt soyeux et très agréable à l’oeil.

Armoire à outils – Les portes du haut

Ebénisterie Mathieu Vath

Pour ces marqueteries j’ai puisé dans le livre de Pierre Ramond « André-Charles Boulle, Ebéniste, Ciseleur et marqueteur ordinaire du Roy ». J’ai repris les relevés de marqueterie de l’armoire de l’atelier Boulle (ver 1715 – 1720). Je les ai juste modifiés en enlevant les oiseaux et le papillon pour alléger un peu le dessin. Ensuite, j’ai utilisé en partie la méthode « Boulle » pour les acanthes et le vase. Puis la technique de peinture en bois pour les bouquets de fleurs.

Armoire à outils – Suite

Ebénisterie Mathieu Vath

Quelques photos des marqueteries de l’armoire à outils. Pour les écoinçons je me suis inspiré de ceux se trouvant sur une table de Pierre Gole, prédécesseur et grande influence d’André-Charles Boulle. Pour cette armoire, il me fallait faire 16 écoinçons. Donc, pour gagner du temps j’ai décidé d’utiliser la technique de marqueterie dite « Boulle ». J’ai fait 4 paquets avec des bois de couleurs différentes pour obtenir 4 marqueteries différentes en une seule découpe. Donc, il y a 4 fois les mêmes dessins mais avec des couleurs de fleurs différentes. Ensuite, j’ai coupé les quatre fonds ensemble ainsi que les tiges et les fleurs. Ce qui m’a fait gagner beaucoup de temps et d’énergie.

Armoire à outils – La création d’Adam par Michel-Ange

Ebénisterie Mathieu Vath

Sur cette marqueterie je me suis fait plaisir, j’avais toujours eu envie de réaliser cette célèbre fresque en marqueterie. Ce qui m’a permis de retenter l’expérience de la « marqueterie à la mosaïque » de David Roentgen. J’ai donc créé un paquet avec une feuille de charme, une feuille d’érable sycomore et une feuille de poirier pour faire les personnages, car il n’y a pas mieux que le poirier pour reproduire la couleur de la peau. Pour teinter le fond, je l’ai trempé dans différents bains afin de produire cet effet de ciel. Pour ombrer le poirier, j’ai utiliser la technique traditionnelle du sable chaud. Le collage s’est effectué à la colle de poisson, le séchage a duré 12h. Le résultat est à la hauteur : aucune migration de teinte. Les yeux et les bouches ont ensuite été gravés au burin, après collage, puis rempli avec du colophane teint au noir de fumée.

Armoire à outils – Le sculpteur

Mathieu Vath

L’idée sur cette armoire à outils était d’explorer et de mettre en application les différents projets sur lesquels j’était en cours de recherche. L’une de ces idées était de m’attaquer à la technique de marqueterie d’un célèbre ébéniste de XVIIIe siècle, David Roentgen. Cette technique « la marqueterie à la mosaïque » consiste à découper par sciage conique une seule feuille de placage puis ensuite de la colorer en trempant chaque pièce dans une couleur prédéfinie. Il y avait toutefois deux problèmes à surmonter : Le sciage conique qui est difficile a réaliser sur un placage de 0,6mm et la coloration des bois. Lorsque je fais une marqueterie, j’aime bien repositionner chaque pièce sur un exemplaire du dessin. cela me permet de visualiser l’effet rendu un fois la découpe terminée. Le plus dur à été la mise en teinte. Je voulais reproduire le même procédé qu’au XIIIe siècle. Après avoir consulté plusieurs ouvrages de l’époque, dont le Roubot. J’ai fait plusieurs tentatives jusqu’a obtenir le résultat que vous pouvez observer. Il y en a des simples comme le marron foncé réaliser avec une base de brou de noix. Et des plus complexes et originales comme une variante du rouge à base d’urine et de crottin de cheval, je vous raconte pas l’odeur!!!! Une fois sec, je colle le placage sur un papier avec de la Colle chaude, puis je découpe le contour de la marqueterie. Tout ne s’est pas passé parfaitement bien, il y a eu une migration du colorant bleu sur le fond. Cela est peut-être dû au séchage du placage ou bien à la méthode de collage à chaud. Expérience à réitérer pour comprendre d’où vient cela. Et voilà le résultat après ponçage :

Armoire à outils – Marqueterie des tiroirs

Marqueterie de tiroir armoire à outils

J’ai réalisé le bâtis en noyer massif, les panneaux en peuplier et du contreplaqué pour les portes. J’ai effectué des recherches pour les différents motifs de marqueterie. J’ai grandement puisé dans les livres sur la marqueterie de Pierre RAMOND. Bibles et livres de chevet sur le sujet. Pour les décors de tiroirs intérieurs je me suis inspiré des amours se trouvant sur la table des muses de J.H RIESENER.

Armoire à outils

Armoire à outils par Mathieu Vath

L’atelier étant en travaux, aujourd’hui je vais commencer à vous décrire les différents étapes qui ont constituées la réalisation de cette armoire à outils. L’idée m’est venue en cherchant un moyen de ranger tous mes outils dans un seul et même meuble. Pour le style, j’avais restauré peu de temps avant une commode masarine dans le style des HACHE à Grenoble. Lorsque je me lance dans la fabrication d’un meuble perso j’aime bien explorer de nouvelles techniques. Et je ne m’étais encore jamais attaqué au style Louis XIV / Régence.