Cabinet Louis XIII

Ebénisterie Mathieu VATH

Retour sur une ancienne restauration passionnante (en tout cas pour moi). Tellement passionnante que j’en ai oublié de prendre des photos en début de restauration ! Ce cabinet est d’époque XVIIe siècle, il est composé de deux tiroirs en corniche, de deux ventaux pour la partie supérieure. Le piétement se compose de deux tiroirs en ceinture supporté par huit pieds tournés et d’un plateau reposant sur des pieds boule. A l’intérieur se trouve douze tiroirs et deux vantaux masquant un théâtre intérieur et onze autres tiroirs. Les pieds ainsi que les moulures sont en poirier massif, le reste du bâtis se compose de sapin et est plaqué de poirier noirci. A l’intérieur du théâtre on trouve un damier plaqué d’érable et d’ébène, et des fraisages en bois de violette et de satiné. Sur la scène peinte à l’huile on trouve un gentilhomme faisant la cour à une gente-dame, le tout surplombé par deux amours. Les gravures centrales des portes représentent deux scènes champêtre représentant un cueilleur et son chien et une bergère et ses moutons. Les cabinets ont fait leur apparition au XVII siècle, tout d’abord comme coffre portatif, puis on les a postés sur des piétements dans des pièces appelées cabinet de curiosités. D’où leurs nombreux tiroirs pour y conserver les différentes « curiosités de l’époque ». C’est d’ailleurs ce type de meuble qui donne son nom à l’ébéniste. Car le menuisier réalisait le bâtis du cabinet et le « menuisier en ébène » le plaquait d’ébène qui le sciait en feuille de quelques millimètre, car ce bois coûtait très cher et il fallait en rentabiliser au maximum l’achat. Pour ce qui est de sa provenance elle est difficile à établir. Il est principalement composé de poirier noirci et non pas d’ébène, ce qui me fait penser que c’était une commande de moindre qualité. Et il est entièrement dépourvu de sculpture, mais gravé. Ce qui là aussi réduit considérablement le coût de la réalisation d’un tel meuble. Pour ce qui est de sa restauration ce meuble était grandement mangé par les xylophages, il a donc été placé dans une poche hermétique puis traité par anoxie. Ensuite, il a fallu le renforcer et recoller le placage qui se désolidarisait par injection de colle sous vide. Ce qui a permis par la même occasion de redresser les portes. Pour les manques de massif et de placage j’ai utilisé du poirier collé à la colle chaude. Ensuite je l’ai nettoyé à sec avec un Gex végétal ce qui m’a permis de retirer la couche de finition cirée. C’est lors de ce nettoyage que j’ai pu constater que le poirier avait perdu sa teinte noire et que les gravures étaient encrassées de cire. J’ai donc nettoyé toutes les gravures à l’aide d’une pointe à tracer à bout arrondi. Une fois la restauration entièrement terminée j’ai appliqué une teinte à l’eau noire sur l’ensemble du meuble. Ensuite, j’ai appliqué une couche de cire micro cristalline légèrement teintée noire. Pour l’intérieur du théâtre il a été choisi de le vernir au tampon pour lui donner un aspect plus « spectaculaire ».